L'inquiétude du beau

Il n’y a pas de contradiction entre la certitude que les choses observées et vécues par les hommes ont du sens, par-delà leur utilité ou leur apparence, et l’inquiétude d’en transmettre l’illumination autour de soi, qui peut très vite se retourner contre le chercheur de significations.

Pour être démonstratif, il ne suffit pas hélas d’avoir raison. Il faut se faire “tout à tous”, comme saint Paul avec les Juifs et les Athéniens, pratiquer la vertu d’étonnement, ouvrir des portes à l’admiration, séduire par la force et la magie des mots : l’art est indispensable non seulement à la beauté, mais à la vérité même de tous nos raisonnements, si l’on entend en faire partager quelque chose à autrui.

 “Il faut perdre l’illusion, écrit Henri Charlier, que la vérité puisse se communiquer avec fruit sans l’éclat qui lui est connaturel et qu’on appelle le beau.” (L’art et la pensée)

Platon – encore lui – disait exactement pareil, ce qui exclut d’en faire le père spirituel des philosophes qui ont hissé la matière ou le moi à la dignité du tout… Sur cette question difficile, mais essentielle, lisez l’article en accès libre : “Pour une métaphysique de l’art et la pensée”.