L’image aussi peut mentir

Les images qui ont provoqué la mise en examen de deux policiers, coupables d’avoir frappé un jeune homme menotté lors d’une arrestation à Montfermeil, ne recelaient aucun trucage : elles accusent clairement ces deux fonctionnaires d’avoir perdu leur sang-froid. Rendues publiques par www.rue89, puis diffusées par toutes les grandes chaînes de télévision et des centaines d’autres sites internet, elles n’en constituent pas moins une manipulation du public qui les reçoit déconnectées de leur contexte, comme un instantané.

L’image aussi peut mentir, par ce qu’elle ne nous dit pas… Si l’on accorde trente secondes d’antenne aux “bavures policières” dans les banlieues du non-droit, pour éviter de tomber dans le mensonge par omission, il faut impérativement en consacrer au moins le double aux conditions d’intervention des forces de l’ordre (ou des pompiers), sous le caillassage et les tirs de grosses fusées d’artifice de centaines d’émeutiers.

Le directeur de la Sécurité publique de Seine-Saint-Denis, Jean-François Herdhuin, suggère qu’un caméraman suive désormais ses troupes sur tout l’itinéraire de leurs interventions, pour “surprendre les violences commises contre la police, légitimer notre action et l’emploi de la force”. Saura-t-il convaincre les maîtres de l’information que 99% des policiers font ici leur travail dans des conditions matérielles et morales héroïques, qui mériteraient d’être régulièrement saluées et montrées aux Français ?
Hugues Kéraly