|
Essence du totalitarisme |
|
|
|
Le combat d’Alexandre Soljénitsyne ne s’est pas arrêté à la chute de l’Empire Soviétique. Pour cet écrivain de l’âme, la Révolution consiste à orchestrer une reddition complète de la conscience des hommes et de leurs cellules de vie qui ne passe pas nécessairement par la dictature policière d’un Parti. La Révolution progresse aussi sûrement par la domination plus sournoise encore d’un modèle de vie. Le communisme en somme, comme son neveu nazi, achevait l’œuvre de la Révolution française en détruisant les dernières libertés des familles, des écoles, des villes, des Eglises et d’une façon générale de la totalité des corps intermédiaires entre la personne humaine et l’Etat.
Le fait que son empire ne frappe plus aux frontières de l’Europe occidentale ne doit pas nous faire oublier qu’il règne toujours en Asie sur des centaines de millions de nos frères humains, ni que le totalitarisme et ses métamorphoses sociologiques restent la tentation politique la plus constante du monde moderne depuis le génocide de Vendée (voir ci-contre le texte intégral du discours d'A. Soljenitsyne prononcé en Vendée - un inédit de Sed Contra). Il est d’autres façons d’anéantir les libertés de l’âme et les organisations sociales que de jeter ses opposants à la fosse commune ou de les mettre en prison. Il y a le pouvoir international de l’argent, lorsque l’Etat lui-même ne voit plus de moyen de lui résister… Le pouvoir psychologique de la désinformation, quand toute la classe enseignante et médiatique communie aux même idéaux… Le pouvoir spirituel des cultures et des théocraties anti-chrétiennes, lorsque nous leur ouvrons toutes grandes les portes de notre civilisation ! Hugues Kéraly
|
|
|
De Profundis… |
|
|
|
Plusieurs dizaines de milliers de pères et de mères pleurent aujourd’hui dans les décombres d’un tremblement de terre leur petit enfant disparu.
… Un enfant unique, parce que le Gouvernement de ce grand pays punit de forte amende, de mort sociale et parfois de prison la naissance du second bébé.
… Un enfant disloqué pour toujours sous des tonnes de mauvais matériaux composites, imposés par les entreprises du Parti unique pour la construction des écoles et des hôpitaux.
… Un enfant dont le corps ne sera pas inhumé, parce que les grands stratèges de la Capitale ont besoin de toutes les machines et de tous les bras disponibles sur les chantiers de “reconstruction nationale” et “d’ouverture à l’économie de marché”.
- Ne vous alarmez pas : ces gens-là vivent très loin de chez nous ; ils sont Chinois, et le monde entier a déjà pris parti (contre eux) pour mieux passer contrat avec leur Gouvernement.
- Ne vous mobilisez pas : les équipes de “soutien psychologique” restent sous contrôle militaire du Parti et sont interdites aux ressortissants étrangers.
- Ne vous offusquez pas : tout cela est logique, prévisible, incontournable ; la Chine est le plus grand pays communiste du monde, et elle entend bien le rester.
Hugues Kéraly |
|
|
Discours intégral d'Alexandre Soljenitsyne en Vendée |
|
|
|
Inédit Texte intégral du discours prononcé par Alexandre Soljenitsyne, le samedi 25 septembre 1993, aux Lucs-sur-Boulogne, pour l'inaugration du Mémorial de Vendée .
« M. le président du Conseil général de la Vendée, chers Vendéens,
Il y a deux tiers de siècle, l'enfant que j’étais lisait déjà avec admiration dans les livres les récits évoquant le soulèvement de la Vendée, si courageux, si désespéré. Mais jamais je n'aurais pu imaginer, fût-ce en rêve, que, sur mes vieux jours, j'aurais l'honneur inaugurer le monument en l'honneur des héros des victimes de ce soulèvement.
Vingt décennies se sont écoulées depuis : des décennies diverses selon les divers pays. Et non seulement en France, mais aussi ailleurs, le soulèvement vendéen et sa répression sanglante ont reçu des éclairages constamment renouvelés. Car les événements historiques ne sont jamais compris pleinement dans l'incandescence des passions qui les accompagnent, mais à bonne distance, une fois refroidis par le temps.
Longtemps, on a refusé d'entendre et d'accepter ce qui avait été crié par la bouche de ceux qui périssaient, de ceux que l'on brûlait vifs, des paysans d'une contrée laborieuse pour lesquels la Révolution semblait avoir été faite et que cette même révolution opprima et humilia jusqu'à la dernière extrêmité.
Eh bien oui, ces paysans se révoltèrent contre la Révolution. C’est que toute révolution déchaîne chez les hommes, les instincts de la plus élémentaire barbarie, les forces opaques de l'envie, de la rapacité et de la haine, cela, les contemporains l'avaient trop bien perçu. Ils payèrent un lourd tribut à la psychose générale lorsque fait de se comporter en homme politiquement modéré - ou même seulement de le paraître - passait déjà pour un crime.
C'est le XXe siècle qui a considérablement terni, aux yeux de l'humanité, l'auréole romantique qui entourait la révolution au XVIIIe. De demi¬-siècles en siècles, les hommes ont fini par se convaincre, à partir de leur propre malheur, de que les révolutions détruisent le caractère organique de la société, qu'elles ruinent le cours naturel de la vie, qu'elles annihilent les meilleurs éléments de la population, en donnant libre champ aux pires. Aucune révolution ne peut enrichir un pays, tout juste quelques débrouillards sans scrupules sont causes de mort innombrables, d'une paupérisation étendue et, dans les cas les plus graves, d'une dégradation durable de la population.
Le mot révolution lui-même, du latin revolvere, signifie rouler en arrière, revenir, éprouver à nouveau, rallumer. Dans le meilleur des cas, mettre sens dessus dessous. Bref, une kyrielle de significations peu enviables. De nos jours, si de par le monde on accole au mot révolution l'épithète de «grande», on ne le fait plus qu'avec circonspection et, bien souvent, avec beaucoup d'amertume. Désormais, nous comprenons toujours mieux que l'effet social que nous désirons si ardemment peut être obtenu par le biais d'un développement évolutif normal, avec infiniment moins de pertes, sans sauvagerie généralisée. II faut savoir améliorer avec patience ce que nous offre chaque aujourd'hui. II serait bien vain d'espérer que la révolution puisse régénérer la nature humaine. C'est ce que votre révolution, et plus particulièrement la nôtre, la révolution russe, avaient tellement espéré.
La Révolution française s'est déroulée au nom d'un slogan intrinsèquement contradictoire et irréalisable : liberté, égalité, fraternité. Mais dans la vie sociale, liberté et égalité tendent à s'exclure mutuellement, sont antagoniques l'une de l'autre! La liberté détruit l'égalité sociale - c'est même là un des rôles de la liberté -, tandis que l'égalité restreint la liberté, car, autrement, on ne saurait y atteindre. Quant à la fraternité, elle n'est pas de leur famille. Ce n'est qu'un aventureux ajout au slogan et ce ne sont pas des dispositions sociales qui peuvent faire la véritable fraternité. Elle est d'ordre spirituel.
Au surplus, à ce slogan ternaire, on ajoutait sur le ton de la menace : « ou la mort», ce qui en détruisait toute la signification. Jamais, à aucun pays, je ne pourrais souhaiter de grande révolution. Si la révolution du XVIIIe siècle n'a pas entraîné la ruine de la France, c'est uniquement parce qu'eut lieu Thermidor.
La révolution russe, elle, n'a pas connu de Thermidor qui ait su l'arrêter. Elle a entraîné notre peuple jusqu'au bout, jusqu'au gouffre, jusqu'à l'abîme de la perdition. Je regrette qu'il n'y ait pas ici d'orateurs qui puissent ajouter ce que l'expérience leur a appris, au fin fond de la Chine, du Cambodge, du Vietnam, nous dire quel prix ils ont payé, eux, pour la révolution. L'expérience de la Révolution française aurait dû suffire pour que nos organisateurs rationalistes du bonheur du peuple en tirent les leçons. Mais non ! En Russie, tout s'est déroulé d'une façon pire encore et à une échelle incomparable.
De nombreux procédés cruels de la Révolution française ont été docilement appliqués sur le corps de la Russie par les communistes léniniens et par les socialistes internationalistes. Seul leur degré d'organisation et leur caractère systématique ont largement dépassé ceux des jacobins. Nous n'avons pas eu de Thermidor, mais - et nous pouvons en être fiers, en notre âme et conscience - nous avons eu notre Vendée. Et même plus d'une. Ce sont les grands soulèvements paysans, en 1920¬-21. J'évoquerai seulement un épisode bien connu : ces foules de paysans, armés de bâtons et de fourches, qui ont marché sur Tanbow, au son des cloches des églises avoisinantes, pour être fauchés par des mitrailleuses. Le soulèvement de Tanbow s'est maintenu pendant onze mois, bien que les communistes, en le réprimant, aient employé des chars d'assaut, des trains blindés, des avions, aient pris en otages les familles des révoltés et aient été à deux doigts d'utiliser des gaz toxiques. Nous avons connu aussi une résistance farouche au bolchévisme chez les Cosaques de l'Oural, du Don, étouffés dans les torrents de sang. Un véritable génocide.
En inaugurant aujourd'hui le mémorial de votre héroïque Vendée, ma vue se dédouble. Je vois en pensée les monuments qui vont être érigés un jour en Russie, témoins de notre résistance russe aux déferlements de la horde communiste. Nous avons traversé ensemble avec vous le XXe siècle. De part en part un siècle de terreur, effroyable couronnement de ce progrès auquel on avait tant rêvé au XVIIIe siècle. Aujourd'hui, je le pense, les Français seront de plus en plus nombreux à mieux comprendre, à mieux estimer, à garder avec fierté dans leur mémoire la résistance et le sacrifice de la Vendée ». Alexandre SOLJÉNITSYNE
|
|
|
Chine : le génocide des filles |
|
|
|
Les organismes de défense des droits de l’homme dénoncent la “Chine de la peine de mort”. Mais c’est à l’aube de la vie qu’elle est administrée le plus massivement en Chine. Les premières victimes en sont les femmes, éliminées avant de voir le jour.
Luo Cuifen est une rescapée. Elle accuse ses grands-parents de lui avoir enfoncé trente aiguilles à coudre partout dans le corps. C’était en 1977, dans les jours suivant sa naissance et à l’insu de sa propre mère. Le bébé a miraculeusement survécu à cette technique du “piquage” qui perdure dans certaines campagnes chinoises. La femme a été opérée après qu’en 2004 la radiographie a permis de découvrir ces épines de métal qui la faisaient tant souffrir… L’infanticide des petites filles n’a donc pas disparu de Chine, mais depuis qu’on peut détecter facilement le sexe du fœtus à l’échographie, la pratique ancestrale est largement devenue prénatale, par avortement. La préférence culturelle pour les garçons qui marque le monde asiatique n’est pas limitée à la Chine populaire. Liée au système séculaire qui veut que la fille se dévoue pour sa belle famille, elle est devenue planétaire. On l’observe non seulement à Taïwan, à partir du troisième enfant, et en Inde, mais aussi dans les communautés asiatiques émigrées, comme aux États-Unis. Partout, les avortements “sexo-sélectifs” des filles sont pratiqués.
En Chine, c’est le totalitarisme des lois démographiques qui a donné à cet “eugénisme” culturel des proportions effrayantes : puisqu’on n’a droit qu’à un enfant, il faut que ce soit un garçon. Instaurée en 1978, la politique de l’enfant unique fait beaucoup d’autres “victimes” : d’abord les enfants privés de frères ou de sœur par l’interdiction qui pèse sur leurs parents, ensuite les hommes qui ne trouveront pas d’épouses, enfin les vieillards qui n’auront pas d’appui dans leur vieillesse. C’est la rançon d’une pyramide des âges non seulement inversée (en forme de toupie) mais rognée du côté des femmes. Les statistiques donnent effectivement le tournis : 500 000 fœtus de sexe féminins éliminés chaque année en Chine, 30 millions d’hommes contraints au célibat forcé, 100 millions d’enfants uniques… Avec 100 filles à la naissance pour 119 nouveau-nés de sexe masculin (alors qu’il naît naturellement un peu plus de filles que de garçons), les choses ne s’arrangent pas. Et toutes les tranches d’âges sont donc frappées.
Pour beaucoup d’observateurs ce double déséquilibre démographique constitue une bombe à retardement. La forte croissance de la criminalité masculine en serait une première conséquence. L’économiste Esther Duflo explique dans Libération que “les jeunes [chinois], et particulièrement les jeunes célibataires, ont plus de problèmes comportementaux, et commettent plus de crimes que les jeunes filles.” Élevés seuls, comme des “petits empereurs pourris-gâtés” par six adultes (deux parents, quatre grands-parents) ces enfants se révéleraient à l’âge adulte ”matérialistes et individualistes, purs produits, souvent frustrés, d’une société hyper consommatrice”, renchérit Marie-Françoise Colombani dans le magazine Elle. Le Planning familial impose sa police de l’intime depuis que Deng Xiaoping a substitué sa politique de récession démographique au slogan de Mao “Plus de monde, plus de pouvoir”. Et c’est paradoxalement par ses atténuations qu’on prend la mesure de son outrance. Le tremblement de terre qui a fracturé le pays au printemps dernier a ainsi généré des dispositions juridiques révélatrices : “Les parents qui ont perdu leur unique enfant dans le séisme qui a frappé la Chine le 12 mai seront autorisés à en avoir un autre”, a rapporté l’AFP en mai dernier, citant un quotidien de la capitale du Sichuan. Autre disposition généreuse, “l’agence du planning familial autorisait les couples adoptant un orphelin du séisme à procréer”. Quant aux “parents âgés de plus de 50 ans qui ont perdu leur unique descendance dans le séisme“, ils recevront “une allocation mensuelle de 600 yuans“ (environ 60 euros).
En Occident l’autodiscipline démographique du géant est vite excusée. Peur du péril jaune ? Souci de préserver l’ouverture économique ? On continue de fermer les yeux sur ces atteintes aux droits de l’homme qui font moins de bruit que la répression des troubles tibétains. À l’approche des jeux olympiques, la pollution industrielle pékinoise semble d’ailleurs davantage inquiéter que le sort de centaines de milliers d’être humains privés de vie. Du côté du gouvernement chinois, on tient le cap. Selon le ministre de la Commission du Planning familial et de la Population nationale, Zhang Weiqing, la politique de l’enfant unique ne connaîtra pas de changement significatif dans les dix années à venir.
Source: hebdomadaire France Catholique du 21 juillet 2008
Sur les persécutions contre l’Eglise de Chine, reportez-vous aux fonds éditoriaux de sedcontra.fr : onglet FOCUS, rubrique EGLISES DU SILENCE, article : “Chine : la grande inconnue”.
|
|
|