| Pour en finir avec le consensus néomalthusien |
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Démographie
Pour en finir avec le
consensus néo-malthusien Edgar Pisani, qu’on ne consulte plus souvent, est venu porter sa voix samedi dernier sur France-Inter aux nombreux “alter mondialistes” partisans de la “croissance zéro” : le monde – répètent-ils – ne pourra plus nourrir les hommes dans des délais très brefs ; il faudrait donc stopper dès aujourd’hui la progression économique et démographique des sociétés humaines sur toute la surface du globe… Sedcontra pose la question de savoir s’il ne faudrait pas plutôt refondre tous les paramètres de la croissance dans le sens d'un plus grand respect de la nature elle-même, et d’un meilleur épanouissement de la personne humaine, seul bien commun des hommes – fondement et fin de toute société temporelle.
En théorie, il n’y a aucune raison en effet pour refuser l’hypothèse selon laquelle notre planète constituant un univers fini, il doit nécessairement exister quelque limite naturelle à l’expansion des membres et des activités productrices du genre humain. Admettons également que les deux facteurs principalement mis en cause – l’expansion démographique et l’expansion industrielle – suivent depuis trois générations une courbe de croissance à caractère “exponentiel” (c’est-à-dire selon une progression géométrique comme 2, 4, 8, 16, 32, 64, etc.) Mais la comparaison a ses limites. Dès lors qu’il s’agit d’établir dans la pratique (chronologique et quantitative) le seuil supérieur de tolérance de l’expansion industrielle ou démographique dans “l’écosystème” mondial, aucun calcul ne peut prétendre définir une vérité scientifiquement établie. La vie de notre planète ne se réduit pas à un simple réseau de structures et de relations quantitativement définies, dont un ordinateur pourrait tirer des prévisions certaines et datées. Un exemple : selon les calculs accumulés depuis trente ans par les experts du Massachusetts Institute of Technology (MIT), l’épuisement des ressources naturelles de la planète serait cause principale, avec la pollution, de la rupture d’équilibre de l’écosystème mondial. D’après les chercheurs américains, à supposer que l’extension des zones urbaines et l’accélération de la production industrielle du monde se maintienne au rythme actuellement connu, les réserves globales de charbon de la planète seraient épuisées en 111 années, celles de fer en 93 années, celles de pétrole en 53 années et celles de gaz naturel en 22 années…
Des hypothèses régulées par un postulatEt même en supposant l’existence de réserves effectives cinq fois plus élevées, les délais d’épuisement resteraient très courts, entre 50 et 150 années. Cependant :
Voyez le cas du continent africain, celui qui souffre le plus cruellement de sécheresse et de malnutrition. Il se trouve que c’est aussi le continent le moins “exploité” du monde d’un point de vue agricole, avec des millions de kilomètres carrés abandonnés à la savane, aux sorciers, aux fauves et à la préhistoire. Les groupes américains, asiatiques et européens n’y investissent que dans les ressources énergétiques et minières, sans presque aucun profit pour les populations locales. Toute autre intervention sur la ressource en eau et la valorisation des sols relèverait évidemment du péché colonial… Il y a là non pas une, mais plusieurs séries d’hypothèses supplémentaires dont le MIT aurait pu tenir compte avec autant de vraisemblance – si ces dernières n’avaient risqué de remettre en cause l’hypothèse implicite qui domine en fin de compte toutes les spéculations : à quand la fin de notre monde, si ce monde continue à vivre, c’est-à-dire à croître, produire et consommer ?... L’équipe du MIT se donne ici les mêmes facilités intellectuelles que Malthus lui-même, cherchant à démontrer à ses contemporains la nécessité du “principe de population”, qui postule une contradiction entre les deux “lois naturelles” de la prolifération des espèces et des subsistances. Sous l’avalanche des chiffres, la question du sens
Le problème soulevé par l’expansion du monde moderne, sous toutes ses formes, n’est pas seulement démographique ou économique, c’est-à-dire quantitatif et technologique. Il est directement et profondément politique. Or la politique ne saurait prétendre à rien de bon ni de durable si elle ne se trouve pas implicitement soutenue par une métaphysique, comme conception générale et raisonnable de l’univers, de l’homme, de ses besoins réels, de sa nature et de sa finalité : en d’autres termes, par une définition de ce qu’est la véritable “qualité” de notre vie humaine. “Le problème démographique, écrit Louis Salleron, c’est, en première approche, dans une société organisée, un problème économique. Puis c’est, sous des formes multiples, un problème institutionnel et moral. Au terme, c’est le problème même de la vie.” (Essai sur le principe de population, Hatier, 1972.) Il ne s’agit donc pas de stopper à tout prix, au nom des vertus futurologistes de l’ordinateur, la croissance économique et démographique des sociétés humaines sur toute la surface du globe. Mais bien de trouver à orienter l’une et l’autre dans le sens d’un plus grand respect de la nature elle-même et d’un meilleur épanouissement de la personne humaine – fondement et fin de toute société temporelle depuis la nuit des temps. Entre la réduction en esclavage par le Profit, et la réduction en esclavage par le Parti – ou plutôt par-delà cette peste et ce choléra –, il doit bien exister quoi qu’en disent les ordinateurs du Massachusetts quelque voie plus difficile mais plus royale, au service de laquelle chacun retrouve à respirer, croître, produire et aimer... Ce n’est pas un rêve. Cette voie existe : c’est la société chrétienne. Elle est plus juste et plus vivante que toutes les idéologies du monde. Et elle a déjà fait faire bien du chemin à l’humanité. E.B./Sed Contra Pour en savoir plus : Abonnez-vous et reportez-vous aux fonds éditoriaux de sedcontra.fr (onglet PANORAMAS, rubrique LECTURES, article “Louis Salleron : Examen critique de l’Essai sur le principe de population”.) |
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