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En théorie, il n’y a apparemment aucune raison pour refuser l’hypothèse selon laquelle – notre planète constituant un univers fini – il doit nécessairement exister quelque limite naturelle à l’expansion des activités productrices du genre humain. Dans la pratique, la seule chose absolument certaine est l’échec assuré de toutes nos prévisions. Voici pourquoi.
Admettons ici que les deux facteurs d’expansion principalement mis en cause dès les années soixante-dix par le Massachusetts Institute of Technologie (l’expansion démographique et l’expansion industrielle) suivent actuellement, et continueront probablement de suivre pendant les années à venir, une courbe de croissance à caractère “exponentiel” (c’est-à-dire selon une progression géométrique comme 2, 4, 8, 16, 32, 64, etc.). On voit mal en effet comment un ensemble fini (la terre) pourrait éternellement continuer d’entretenir par ses seules ressources une croissance ininterrompue, et dont le temps de doublement quantitatif (en valeur absolue) ne fait que se resserrer... […]
Mais la comparaison a ses limites, et dès lors qu’il s’agit d’établir quantitativement le seuil supérieur de tolérance de l’expansion industrielle ou démographique dans “l’écosystème” mondial, aucun calcul ne peut prétendre définir pour l’avenir une quelconque vérité mathématique. La vie de notre planète ne se réduit pas à un simple réseau de structures et de relations quantitativement définies.
Il ne saurait être question ici, à proprement parler, de prévisions, mais de simples projections: sortes d’extrapolations purement théoriques (et hypothétiques) des lignes les plus générales d’un ensemble donné – sur la base des seuls facteurs actuellement connus. De telles extrapolations ne sont aucunement appelées à se réaliser à la lettre – mais seulement à indiquer une tendance lourde (un “trend”), dont il faudra tenir compte pour éviter les catastrophes...
Un exemple : l’épuisement des ressources naturelles de la planète (cause principale, avec la pollution, de la rupture d’équilibre du système, selon tous les altermondialistes). D’après les chercheurs américains, à supposer que l’accélération de la production industrielle mondiale se maintienne au rythme actuellement connu, les réserves globales de charbon découvertes à ce jour seraient épuisées en cent onze années, celles de fer en quatre-vingt-treize années, celles de pétrole en cinquante-trois années et celles de gaz naturel en vingt-deux années (Rapport Meadows, p. 174). Et même en supposant l’existence de réserves globales “cinq fois plus élevées”, les délais d’épuisement ne seraient respectivement que de 150, 173, 96 et 49 années (indices exponentiels optimisés). Voilà qui semble en effet fort alarmant. Cependant :
1°) Qu’est-ce qui autorise les chercheurs du M.I.T. à considérer comme acquis le prolongement d’un taux X d’expansion industrielle dans les décades ou même les siècles à venir ?
2°) Comment généraliser ce taux à la planète entière, quand les données politiques, démographiques, industrielles, économiques, financières et culturelles varient du tout au tout entre l’Europe, l’Asie, l’Afrique, l’Océanie et le Nouveau Monde ?
3°) Pourquoi multiplier par cinq, plutôt que par cinquante, cinq mille ou cinq milliards les ressources naturelles de la terre “actuellement connues” ? Que savons-nous avec exactitude des ressources globales réelles de notre planète ? Bien peu de choses, au dire des chimistes, des biologistes et des géologues eux-mêmes. La mise en œuvre des premières techniques d’investigation scientifique des sols est un phénomène véritablement trop récent pour que des conclusions définitives puissent être tirées des ressources “actuellement connues”, voire supposées.
[…] Le problème soulevé par l’expansion du monde moderne, sous toutes ses formes, n’est pas seulement démographique ou économique (autrement dit purement quantitatif et technologique). Il est directement, et profondément, politique. Or la politique – les philosophes n’ont guère eu besoin d’ordinateurs pour le découvrir –, ne saurait prétendre à rien de bon ni de durable si elle n’est implicitement soutenue par une métaphysique, je veux dire par une conception générale et raisonnable de l’univers, de l’homme, de ses besoins réels, de sa nature et de sa finalité : en d’autres termes, par une définition de ce qu’est la véritable “qualité” de notre vie humaine. “Le problème démographique, écrit Louis Salleron, c’est, en première approche, dans une société organisée, un problème économique. Puis c’est, sous des formes multiples, un problème institutionnel et moral. Au terme, c’est le problème même de la vie.”
Il ne s’agit donc pas de “stopper” à tout prix au nom des vertus futurologistes de l’ordinateur la croissance économique et démographique des sociétés humaines sur toute la surface du globe. Mais bien de trouver à orienter l’une et l’autre dans le sens d’un plus grand épanouissement de la nature humaine, qui est en même temps celui du bien commun – fondement et fin de toute société temporelle.
Entre la réduction en esclavage par le Profit, et la réduction en esclavage par un Parti – quelque nom qu’on lui donne –, il doit bien exister quelque voie plus difficile mais plus royale, au service de laquelle chacun retrouve un peu à respirer, croître, produire et aimer... Ce n’est pas un rêve. Cette voie existe : c’est la société chrétienne. Elle est plus vivante que toutes les idéologies du monde. Et elle a déjà fait faire bien du chemin à l’humanité.
Nous y reviendons bien sûr en détail dans une prochaine édition.
Pour en savoir plus :
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