Pour saluer Benoît XVI Version imprimable Suggérer par mail

J’ai rencontré l’homme qui allait devenir Benoît XVI en 1985. A cette époque, l’Eglise subissait encore de plein fouet et beaucoup plus durement qu’aujourd’hui les conséquences des ravages doctrinaux dénoncés par le Vatican : nous étions en pleine offensive des théologies de l’humanitarisme et des praxis cléricales de sécularisation. – Il faudra d’ailleurs attendre cinq à dix ans de plus pour que les premiers fruits spirituels du pontificat de Jean-Paul II commencent à se faire visibles dans la pratique de nombreuses paroisses de France (mais pas toujours dans les textes) et dans les intentions ou les critères des théologiens.

J’ai donc eu l’occasion de discuter avec le cardinal Ratzinger des divers “courants” du catholicisme, sur mes propres terrains d’investigation en France et en Amérique latine. Il était aussi soucieux d’exactitude doctrinale que de bonne communication. Le préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi avait clairement encouragé les travaux d’enquête et de réflexion que je menais à l’époque sur le nouvel arianisme des “penseurs” de l’Eglise de France et la “théologie de la libération”.

Le chef de file de la contre-offensive doctrinale du Vatican ne se sentait pas du tout incommodé – contrairement à bien des patrons de presse et éditeurs chrétiens d’aujourd’hui – qu’on puisse citer des religieux parmi les artisans de “l’auto-démolition”. (Un mot de Paul VI, déjà !)

Je ne tire moi-même – bien sûr – aucune gloire excessive d’avoir fait alors mon devoir d’intellectuel catholique, en apportant une contribution expérimentale et clairement “critique” au débat. Cette précision n’est donnée ici qu’à titre d’encouragement aux vocations laïques de journalistes et d’écrivains: non, ce n’est pas un péché de cultiver l’esprit critique dans la défense de la foi... Ce n’est pas un péché pour un intellectuel catholique de se poser des questions, d’interroger le sens, d’ouvrir les yeux et les oreilles sur ce qui se passe dans les paroisses du monde et d’en sortir avec des avis “politiquement incorrects”, même aux yeux de certains membres du clergé. Le nouveau successeur de Pierre nous le confirmait avant même d’être élu : l’Eglise a besoin de toutes nos lumières, elle a besoin de toutes nos intelligences, elle a besoin de tous ses enfants.

Hugues Kéraly

 

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