Chrétiens, juifs et musulmans : ce qui nous unit Version imprimable Suggérer par mail
Religion
Chrétiens, juifs et musulmans : ce qui nous unit

A force d’assister aux ripostes démesurées du sionisme en territoire palestinien, comme aux violences de l’islamisme dans tout le Proche et le Moyen-Orient, on en viendrait à oublier que les religions dites “du Livre” (judaïsme, christianisme, islam) communient dans trois Vérités fondamentales qui leur confèrent une mission spécifique, un “challenge” spirituel commun dans le monde d’aujourd’hui. Des Vérités qui font partie intégrante de la “loi naturelle”, accessibles pour les meilleurs esprits par les lumières de la raison, mais que la majorité des croyants reçoit en héritage par l’enseignement d’une Révélation :

La foi en une Intelligence et une Volonté créatrice, antérieure et supérieure à la vie, que les juifs appellent Yawhé, les chrétiens Dieu et les musulmans Allah. – Pour les trois doctrines, Adam est le premier homme et Abraham le premier prophète chargé de révéler la parole divine aux humains. Le mystère de cette élection et de cette filiation assumées leur donne de fait comme de droit une vocation commune à résister aujourd’hui aux progrès planétaires du matérialisme et de la société des “droits de l’homme sans Dieu”.

La conviction que la vie humaine est un don de Dieu, sacré du premier instant de la conception au dernier souffle de chacun d’entre nous. – Les religions dites “du Livre” ont quelque chose à dire ensemble aux promoteurs de l’interruption volontaire de grossesse et de l’euthanasie légalisée, qui ne cessent de gagner du terrain dans les droits et les mœurs des pays “développés”… Quelque chose à dire sur le mariage, la fidélité, la famille, l’autorité parentale, la liberté de choix des écoles et de façon plus générale sur tout ce qui entoure et soutient l’amour et le respect de la vie.

La certitude que l’homme a plus de devoirs que de droits dans toutes les circonstances de sa destinée. – Devoir de piété filiale : honorer et respecter les parents. Devoir de charité envers le prochain : accueillir les pauvres, défendre la veuve, soutenir l’orphelin. Devoir de justice dans les relations de travail : bien servir le patron qui m’embauche et rémunère mes services, encourager le bon et fidèle collaborateur en partageant mes profits…

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Certes, on n’empêchera pas le croyant catholique de penser que sa religion est supérieure aux deux autres, ni l’historien objectif de le constater avec lui. Le christianisme en effet a profondément pacifié, civilisé et spiritualisé, à partir du Ve siècle après J.C., les mœurs et les lois de l’Empire romain. Il a permis Clovis, Clotilde, Charlemagne et la montée en puissance des États de droit à travers toute l’Europe contre les assauts permanents de la barbarie orientale. Il a donné Hugues Capet à la France pour contenir l’orgueil des grands rapaces féodaux, saint louis pour imposer la charité et la justice du Roi, Jeanne d’Arc pour nous libérer des premières servitudes de l’Occupation. Il a mobilisé saint Vincent de Paul et Mère Teresa pour nous faire honte d’être heureux tous seuls. Il a confié à Charles de Foucauld et au maréchal Lyautey la mission “impossible” d’apprendre aux chrétiens coloniaux à respecter la légitime fierté des musulmans pour ce qu’il y a de grand et de vrai dans leur tradition, sans renoncer à leur propre foi.

Clovis

Hugues Capet

Saint Louis

Jeanne d'Arc

Certes aussi, au chapitre hyper-sensible du respect porté à l’honneur et à la beauté des femmes, parties prenantes avec Dieu du mystère de la vie, la doctrine qui met une Vierge Sainte au centre, mère du Dieu Vivant, avocate de tous les paumés de la terre, médiatrice de toutes les grâces, cette religion évidemment prédispose les civilisations qu’elle engendre à des mœurs infiniment plus douces, plus “courtoises“ et plus raffinées… Chez nous, on ne donne pas de coups de fouet aux filles ou aux servantes pour marquer son autorité. On ne monte pas sur la mûle familiale en laissant sa femme trotte derrière, pieds nus sur les cailloux du chemin, avec tous les paquets. On ne brûle pas le visage de sœur parce qu’elle s’est entichée d’un juif ou d’un chrétien. On ne lapide pas la mère qui a regardé l’étranger.

Certes encore, au chapitre non moins sensible des réussites économiques et sociales, c’est dans les sociétés chrétiennes, catholiques ou protestantes, que naissent et se développent depuis la Renaissance les plus grands progrès de l’humanité : scientifiques, médicaux, commerciaux, industriels et technologiques… Des sociétés qui ont porté ces progrès matériels – avec leurs médecins, leurs ingénieurs, leurs religieux, leurs enseignants – dans les parties du monde qui en ignoraient tout, et qui devraient s’en repentir honteusement aujourd’hui. De qui se moque-t-on ?

Certes enfin, le concept de “charité” reçoit des acceptions sensiblement différentes d’une tradition à l’autre : amour surnaturel de tous y compris les ennemis dans la doctrine évangélique, amour religieux du frère de race et bienveillance pour les autres hommes chez les juifs, solidarité de l’Oumma, tolérance sociale ou haine active de l’infidèle pour les musulmans… Seul le christianisme propose les grâces sacramentelles qui donnent la force de mettre en pratique les exigences très supérieures de la loi d’amour universel du prochain: “Aime ton prochain comme toi-même, pour l’amour de Dieu.”

Pour un œcuménisme du Bien Commun

Est-ce à dire que toutes les civilisations et donc les religions qui les animent ne se valent pas, au chapitre des conséquences qu’elles engendrent dans la société ? Historiquement, la réponse est oui. Le postulat néo-libéral soutenant que les convictions individuelles, les cultures “identitaires” et les religions du monde appartiendraient à la “sphère privée” de chacun, de sorte qu’elles méritent un égal respect, cette idée est sortie de cerveaux partisans, aveugles et sourds aux écatantes démonstrations de l’Histoire depuis près de 2000 ans… Les idées mènent le monde, qu’on le veuille ou non. Plus elles sont “bonnes”, idéalistes et généreuses, plus le monde est meilleur. Plus elles s’affadissent, se dépravent ou se corrompent, plus l’égoïsme l’emporte, avec la volonté de pouvoir, et plus le monde est mauvais.

Il reste que les trois religions dites “du Livre” ont aujourd’hui en commun le sens du Bien et du Mal, qui se traduit par l’amour ou la crainte de Dieu, le respect de la vie et le sentiment plus ou moins large d’un devoir à l’égard du prochain. Que les fanatiques du PPNPE (“Plus Petit Nombre Possible des Elus”), du Talmud et de la Charia ne tiennent pas tous les hommes pour des frères de rang égal est une autre question, où le Démon a sa place, les prêtres et les docteurs aussi… Sur le triptyque que nous venons d’énoncer – fondement de la résistance à toutes les formes de totalitarisme, et d’abord au matérialisme libéral mondialisé –, entre croyants de bonne foi, on peut s’ouvrir avec confiance, dialoguer, progresser… On peut construire ou reconstruire ensemble un avenir moins sinistre à l’humanité.

Emmanuel Barbier/Sedcontra

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