"Religion" Version imprimable Suggérer par mail

Le mot vient du latin re-legere, qui signifie clairement choisir ou élire, pour relier. Difficile de définir en moins de mots ce que signifie la religion pour la totalité des humains – de l’Antiquité aux philosophies mêmes de la “mort de Dieu”.

L’intuition ancestrale est que le monde des choses visibles et toute la science qu’on y applique ne suffisent pas à expliquer l’essentiel: le beau, le vrai, le bien, le mal, la vie, la mort, le destin individuel ou collectif, et moins encore l’aspiration commune à l’immortalité. La religion est ce qui nous relie à l’invisible, quelque pouvoir qu’on lui prête, et donc aussi ce qui nous lie à notre propre mystère: à notre essence surnaturelle d’animaux métaphysiques doués de pouvoirs créateurs (ou destructeurs) sur l’univers entier.

Les Egyptiens et les Grecs ont passé des siècles à peaufiner leur collection de dieux pour trouver des causes invisibles à leurs malheurs ou à leur prospérité. Les croyants juifs d’Israël et de la dispora continuent de prendre ou de donner des coups dans la conviction inébranlable qu’un Dieu unique créateur du monde les a choisis comme “peuple élu” jusqu’à la fin des temps. Les chrétiens d’avant le dernier concile ont conquis, pacifié, civilisé et enrichi des milliers de nations et de tribus distinctes, sur les cinq continents, en brandissant la croix et l’Evangile du Christ, fils de Dieu fait homme pour le salut des humains. Freud a sacralisé les liaisons neuronales de l’inconscient pour en faire le demiurge secret de nos existences. Marx a proprement “divinisé” l’atome pour en sortir son “matérialisme dialectique, inversion praxiologique de l’idéalisme absolu. Mao et Ho Chi Minh ont exploité à fond toutes les ressources du vieux confusianisme pour imposer le communisme en Asie. L’Islam intégriste rêve de reconquérir par la ruse et la force, au nom d’Allah et de Mohamed, un Occident infesté de banquiers jouisseurs et mécréants. (Voir notre Dossier du jour.)

Tout homme a un dieu, quand même il s’y refuse à grands cris. Evidemment, lorsque ce dieu règne au-dessous de la ceinture, ou encourage les meurtres, ça peut faire beaucoup de dégâts!

Gabriel de Seinemont

 
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