"Par le chas d'une aiguille" Version imprimable Suggérer par mail


“Je vous le dis, il est plus facile pour un chameau de passer par le chas d’une aiguille que pour un riche d’entrer dans le royaume des cieux.” On s’est beaucoup interrogé au fil des siècles sur cette parole du Christ (Matthieu, 19, 24) où la barre semble mise si haut qu’elle équivaut aujourd’hui dans le langage courant à une impossibilité.

Certains font remarquer qu’on aurait confondu dans une traduction le mot grec kamilon (grosse corde) avec celui de kamelon (chameau), mais cette analogie aboutit dans la pratique au même résultat.

D’autres ont fait valoir que le “chas (ou trou) de l’aiguille” désignait chez les Juifs une petite poterne d’entrée dans la ville de Jérusalem, qui restait ouverte plus tardivement que les autres pour permettre aux voyageurs du soir de se mettre à l’abri: une porte si basse et si étroite que les marchands ne pouvaient l’emprunter qu’à condition de décharger eux-mêmes leurs chameaux de toutes leurs richesses et de les faire “baraquer”, pour qu’ils la passent à genoux !

Cette voie d’entrée était inconfortable mais néanmoins possible, et l’analogie semble plus conforme au pouvoir de la Miséricorde divine chez les juifs et les chrétiens : un instant accepté de fragilité matérielle, de déstabilisation de l’avoir et de l’appât du gain, contre une source potentielle abondante d’enrichissement dans l’être et la vocation spirituelle des enfants de Dieu (l’entrée dans la Jérusalem Céleste). “Ouvrez-moi une porte de repentance grosse comme un trou d’aiguille, dit le Cantique des Cantiques, et moi je l’élargirai pour y faire passer des charrettes.”

Je ne sais ce que vaut cette interprétation aux yeux des savants exégètes, mais il me semble qu’elle prend beaucoup de force en temps de crise économique, quel que soit le niveau de fortune personnelle de chacun. C’est la relation aux richesses matérielles, l’obsession qu’elles inspirent ou l’usage qu’on en fait, et non la richesse elle-même, qui durcit le cœur de l’homme, le ferme à tout le reste et le conduit à envier ou mépriser son prochain.
Gabriel de Seinemont

 
Suivant >