Religion
"Par le chas d'une aiguille" Version imprimable Suggérer par mail


“Je vous le dis, il est plus facile pour un chameau de passer par le chas d’une aiguille que pour un riche d’entrer dans le royaume des cieux.” On s’est beaucoup interrogé au fil des siècles sur cette parole du Christ (Matthieu, 19, 24) où la barre semble mise si haut qu’elle équivaut aujourd’hui dans le langage courant à une impossibilité.

Certains font remarquer qu’on aurait confondu dans une traduction le mot grec kamilon (grosse corde) avec celui de kamelon (chameau), mais cette analogie aboutit dans la pratique au même résultat.

D’autres ont fait valoir que le “chas (ou trou) de l’aiguille” désignait chez les Juifs une petite poterne d’entrée dans la ville de Jérusalem, qui restait ouverte plus tardivement que les autres pour permettre aux voyageurs du soir de se mettre à l’abri: une porte si basse et si étroite que les marchands ne pouvaient l’emprunter qu’à condition de décharger eux-mêmes leurs chameaux de toutes leurs richesses et de les faire “baraquer”, pour qu’ils la passent à genoux !

Cette voie d’entrée était inconfortable mais néanmoins possible, et l’analogie semble plus conforme au pouvoir de la Miséricorde divine chez les juifs et les chrétiens : un instant accepté de fragilité matérielle, de déstabilisation de l’avoir et de l’appât du gain, contre une source potentielle abondante d’enrichissement dans l’être et la vocation spirituelle des enfants de Dieu (l’entrée dans la Jérusalem Céleste). “Ouvrez-moi une porte de repentance grosse comme un trou d’aiguille, dit le Cantique des Cantiques, et moi je l’élargirai pour y faire passer des charrettes.”

Je ne sais ce que vaut cette interprétation aux yeux des savants exégètes, mais il me semble qu’elle prend beaucoup de force en temps de crise économique, quel que soit le niveau de fortune personnelle de chacun. C’est la relation aux richesses matérielles, l’obsession qu’elles inspirent ou l’usage qu’on en fait, et non la richesse elle-même, qui durcit le cœur de l’homme, le ferme à tout le reste et le conduit à envier ou mépriser son prochain.
Gabriel de Seinemont

 
L'hommage au "pape pensant" Version imprimable Suggérer par mail
LU POUR VOUS
L’hommage au “pape pensant”

Le texte que nous reproduisons ici à l’occasion du voyage en France de Benoît XVI est du philosophe Alain Finkielkraut. Il a paru dans “L’Arche” (le mensuel du judaïsme français) en juin 2005, peu après l’élection du nouveau successeur de Pierre. Sur un ton et avec des réserves qui ne sont pas les nôtres, il dit néanmoins pour l’essentiel la même chose que nous : un “pape pensant” a été élu dans le monde du relativisme universel bien-pensant, que Finkielkraut dénonce ici comme un “nihilisme de l’indistinction”, et ce pape lui porte une contradiction salutaire à tous les points de vue. Même pour les non-croyants.

“J’étais au Québec lors de l’élection, à la fois prévisible et inattendue, de Joseph Ratzinger. Il était le favori, mais tout le monde répétait à l’envi que celui qui entre pape au conclave en ressort cardinal. Au cours d’un radio-trottoir diffusé par la télévision québécoise immédiatement après l’Habemus papam, j’ai pu entendre un habitant de Montréal prononcer cette phrase : “Je m’intéresserai au pape le jour où sera élue une femme noire monoparentale.” Je me suis d’abord dit : “Ce type est dingue.” Or cette réaction n’était pas atypique ; elle était symptomatique de ce qui s’est passé au Québec et, plus largement, dans le monde.

 

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Dom Gérard ou le culte de l'amitié Version imprimable Suggérer par mail
SOUVENIR
Dom Gérard ou le culte de l’amitié

A Paris, le pape Benoît XVI a choisi de porter les ornements liturgiques du monastère bénédictin Sainte-Madeleine du Barroux, fondé par Dom Gérard Calvet. C’est l’occasion où jamais de raviver la mémoire d’un des artisans les plus lumineux du renouveau spirituel de l’Eglise de France, sur laquelle le pape appelle ainsi discrètement notre attention.

Je garderai toute ma vie le souvenir très fort de l’accueil que Dom Gérard Calvet réservait à ses hôtes, dans les années soixante-dix, au pied du mont Ventoux. C’était l’époque où il fallait rejoindre le petit Prieuré Sainte-Madeleine, entre deux virages, par une mauvaise route départementale connue des seuls intégristes du Tour de France. Partant du Quartier Latin, j’y débarquais souvent pour ma part entre les douze coups de minuit et l’office de Matines, prenant soin de faire le moins de bruit possible pour ne pas troubler le court sommeil “stricte observance” de sa poignée d’oblats et moines bénédictins.

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La "foi du charbonnier" Version imprimable Suggérer par mail

Quand on se chauffait encore avec des poêles, et que tout le monde ou presque se revendiquait chrétien, on appelait “foi du charbonnier” l’adhésion sincère des plus humbles à des vérités dogmatiques où la raison pour eux aurait eu bien du mal à s’aventurer.

A contrario, est-il normal qu’un catholique de formation supérieure (bac + 4 à bac + 7) qui s’intéresse aux lettres, aux sciences, à l’histoire et aux cultures du monde conserve toute sa vie un niveau largement inférieur à l’ancien certificat d’études dans la connaissance de sa propre religion ?

Jean Daujat avait fondé le Centre d’Études Religieuses (CER) en 1925, avec le soutien du cardinal Verdier, pour lever cette contradiction… Un Normalien de haut vol, Claude Paulot, licencié en théologie, docteur ès sciences et professeur des Universités, relève à sa suite le même défi en proposant des cours approfondis de métaphysique, de morale chrétienne et de théologie à ses contemporains.

Dilettantes et paresseux s’abstenir : la durée du cours est de trois ans, à raison de quinze séances de deux heures par an, le samedi après-midi ou le jeudi en soirée.

  1. Une formation philosophique de base est proposée la première année. Toutes les questions essentielles au chercheur de sens et de vérité, y compris celle de l’existence de Dieu, y sont abordées par ce grand scientifique sous les lumières de la simple raison.
  2. La deuxième année la formation porte sur le droit naturel et la doctrine sociale de l’Église, sources d’épanouissement de toutes nos libertés dans le respect de la dignité des personnes et le souci du bien commun.
  3. (A noter que ces deux premières années s'adressent à la raison seule donc aux non croyants aussi bien qu'aux croyants.)

  4. C’est en troisième année seulement que Claude Paulot aborde l’initiation à la théologie et au mystères de la foi, sans se départir des exigences d’élévation et de parfaite rigueur intellectuelle qui caractérisent son enseignement, digne d’un cours du Collège de France où l’enjeu – on l’a compris – ne serait plus seulement de briller…

Gabriel de Seinemont

En pratique

  • Les cours ont lieu 3 rue de la Trinité, 75009 Paris (métro Trinité, Saint-Lazare, Chaussée d'Antin).
  • La participation financière est adaptée aux ressources des participants.
  • Renseignez-vous dès à présent sur le calendrier des cours de la prochaine année scolaire au Secrétariat du Centre, 24 rue des Boulangers, 75005 (métro : Jussieu ou Cardinal-Lemoine), ouvert les mardis et jeudis de 14h à 18h en dehors des vacances scolaires. Claude Paulot y reçoit les mardis de 16h à 18h.
  • La bibliothèque du CER est ouverte les mardis de 14h à 17h et les jeudis de 17h à 19h30 en dehors des vacances scolaires.
  • Secrétariat du CER : 01 43 54 56 16
  • Site internet : http://cer.cef.fr
 
"Religion" Version imprimable Suggérer par mail

Le mot vient du latin re-legere, qui signifie clairement choisir ou élire, pour relier. Difficile de définir en moins de mots ce que signifie la religion pour la totalité des humains – de l’Antiquité aux philosophies mêmes de la “mort de Dieu”.

L’intuition ancestrale est que le monde des choses visibles et toute la science qu’on y applique ne suffisent pas à expliquer l’essentiel: le beau, le vrai, le bien, le mal, la vie, la mort, le destin individuel ou collectif, et moins encore l’aspiration commune à l’immortalité. La religion est ce qui nous relie à l’invisible, quelque pouvoir qu’on lui prête, et donc aussi ce qui nous lie à notre propre mystère: à notre essence surnaturelle d’animaux métaphysiques doués de pouvoirs créateurs (ou destructeurs) sur l’univers entier.

Les Egyptiens et les Grecs ont passé des siècles à peaufiner leur collection de dieux pour trouver des causes invisibles à leurs malheurs ou à leur prospérité. Les croyants juifs d’Israël et de la dispora continuent de prendre ou de donner des coups dans la conviction inébranlable qu’un Dieu unique créateur du monde les a choisis comme “peuple élu” jusqu’à la fin des temps. Les chrétiens d’avant le dernier concile ont conquis, pacifié, civilisé et enrichi des milliers de nations et de tribus distinctes, sur les cinq continents, en brandissant la croix et l’Evangile du Christ, fils de Dieu fait homme pour le salut des humains. Freud a sacralisé les liaisons neuronales de l’inconscient pour en faire le demiurge secret de nos existences. Marx a proprement “divinisé” l’atome pour en sortir son “matérialisme dialectique, inversion praxiologique de l’idéalisme absolu. Mao et Ho Chi Minh ont exploité à fond toutes les ressources du vieux confusianisme pour imposer le communisme en Asie. L’Islam intégriste rêve de reconquérir par la ruse et la force, au nom d’Allah et de Mohamed, un Occident infesté de banquiers jouisseurs et mécréants. (Voir notre Dossier du jour.)

Tout homme a un dieu, quand même il s’y refuse à grands cris. Evidemment, lorsque ce dieu règne au-dessous de la ceinture, ou encourage les meurtres, ça peut faire beaucoup de dégâts!

Gabriel de Seinemont

 
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