Ségolène Royal, la Jacobine du XXIe siècle Version imprimable Suggérer par mail

Elle vient de révéler la face la plus teigneuse et la plus sectaire de sa personnalité en affirmant que le président Sarkozy “n’était absolument pour rien” dans la libération de la franco-colombienne Ingrid Bétancourt. C’est de l’aveuglement dogmatique, assorti d’une énorme contre-vérité. Voici pourquoi.

Nicolas Sarkozy, en cette affaire, s’est montré pragmatique et volontaire comme il le fait en tout. Pour tenir ses engagements publics, sa “feuille de route” à lui, il a cherché tous les moyens d’impliquer la France dans la libération d’Ingrid: les bons comme les mauvais… Il a reçu Hugo Chavez, le président vénézuélien “qui a l’oreille des FARC”, pour le convaincre que la libération d’Ingrid constituait le meilleur moyen de réhabiliter la guérilla colombienne dans l’opinion internationale. Peine perdue: Chavez est marxiste, les idéologues des FARC aussi, les critères démocratiques ne leur importent aucunement… Le président français a lancé le même message, par la voie des ondes, aux dirigeants historiques de la guérilla colombienne. Peine perdue aussi, pour les mêmes raisons.

Nicolas Sarkozy enfin a déclaré voici un mois que la France offrirait l’asile politique aux terroristes colombiens qui déposeraient les armes, libéreraient leurs otages et “se repentiraient”. Peine perdue encore? Rien n’est moins sûr. Depuis le début des années soixante (échec du coup d’Etat communiste au Brésil), puis dans les années soixante-dix et quatre-vingt (échec de la Révolution en Argentine, en Uruguay, au Chili, au Pérou, au Salvador, au Guatémala, au Nicaragua), les terroristes latino-américains repentis ou non adorent la France et le Quartier Latin… Qui sait si l’offre élyséenne n’est pas en train d’attendrir et donc aussi d’affaiblir à titre personnel d’anciens et nouveaux responsables des FARC, depuis que le président colombien Alvaro Uribe a entériné sur les ondes nationales la proposition de Nicolas Sarkozy?

Les FARC dans la jungle écoutent la radio. Ils reçoivent même la télévision. Ces hommes savent bien que l’amnistie promise par le président Uribe à ceux d’entre eux qui voudraient rentrer dans la légalité ne suffira pas à les protéger de la colère de milliers de familles colombiennes. Des familles qui ont perdu dans cette guerre civile vieille de près de soixante ans un  père, un frère, une sœur ou un enfant: mort au combat dans la jungle, assassiné devant sa porte ou rapté et égorgé en silence dans la nuit. L’engagement de Nicolas Sarkozy à les accueillir en France pour y construire librement une nouvelle vie, dans le respect des lois françaises, leur paraît beaucoup plus séduisant et crédible que celui d’Alvaro Uribe, dont ils ont assassiné le père en 1983, et qui a lui-même échappé de justesse à une vingtaine d’attentats.

Ségolène Royal, en parfaite Jacobine absolutiste et psychorigide, ne comprend rien au jeu. Elle voit seulement que des hommes de “droite” ont réussi la libération d’une icône de “gauche”, sans effusion de sang, et cherche par tous les moyens à exorciser ce cauchemar, retrouver ses marques, minimiser l’incident… Il faudrait lui offrir un petit séjour de six ans et demi dans la jungle amazonienne avec une chaîne au cou, des coups de crosse dans les côtes et un trou pour faire ses besoins naturels sous le rire gras des “libérateurs”. Cela l’aiderait peut-être à réfléchir au vrai visage de la Révolution. A comprendre pourquoi le peuple ne croit plus au “Grand Soir”, ni à la Gauche intransigeante et lumineuse qu’elle prétend encore incarner.

©E.B./Sed Contra, juillet 2008

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