Le pouvoir sait-il où la gauche l'attend ? Version imprimable Suggérer par mail

A la “une” du Monde daté du 15 juillet 2008, “la droite affirme qu’elle a gagné la bataille idéologique”. C’est François Fillon qui revendique cette victoire, en soulignant son principal acquis : “Nous sortons du relativisme culturel et moral que la gauche française des années 1980 avait diffusé dans le pays… Nous réhabilitons des vertus qui avaient été négligées, parfois même ridiculisées.”

Cette revendication s’inscrit dans la droite ligne du discours de Bercy, entre les deux tours de l’élection présidentielle, où Nicolas Sarkozy disait vouloir réconcilier morale et politique dans l’action du gouvernement. Y a-t-il déjà partiellement réussi ? Sur les questions économiques et sociales, il y aurait beaucoup d’injustice à soutenir le contraire : la liberté et la responsabilité des employeurs, comme celles des salariés, ont gagné du terrain ; l’assistanat et la bureaucratie reculent, les féodalités préhistoriques de la “représentativité syndicale” aussi ; il devient déjà moins problématique d’entreprendre, moins honteux de réussir et plus facile de négocier entre acteurs directs le projet d’une entreprise commune et ses conditions de développement.

Les trois années qui viennent suffiront-elles pour mettre en chantier des réformes homogènes sur les questions encore plus essentielles de la politique familiale et des orientations de l’enseignement ? C’est beaucoup plus douteux. La “politique familale” du gouvernement français tire à gauche depuis Giscard inclus, et les orientations de l’Education nationale depuis beaucoup plus longtemps. La gauche sait bien en effet que les vertus dites “de droite” (elles seraient mieux nommées “de droit naturel”) se neutralisent efficacement par la racine, dans la destruction des familles et des valeurs morales sur les bancs de l’école… Nicolas Sarkozy pourra-t-il ou voudra-t-il seulement s’attaquer à ces himalayas ?

Hugues Kéraly

 
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