Qu'est-ce que "comprendre" ? Version imprimable Suggérer par mail

L’acte de comprendre suppose deux éléments: un esprit qui cherche à connaître, une chose qui puisse être connue. Mais addi­tionner deux réalités de nature distincte n’est pas intégrer l’une à l’autre. Pour que l’objet à découvrir soit reçu par le sujet connaissant, un acte original est requis, comparable à celui des fonctions assimilatrices du sang dans l’organisme humain.

L’intelligence des choses qui nous entourent implique
ce troisième terme: ce par quoi ou ce à travers quoi l’on connaît. Platon, Aristote, Thomas d’Aquin et Kant sont d’accord là-dessus… Comprendre, c’est “prendre avec”
(cum prehendere). L’exercice de l’intelligence reste un acte relationnel dans lequel l’individu engage beaucoup de ce qu’il possède, non une con­templation impuissante et stupide de ce qui se passe autour de lui. (C’est pourquoi le thème progressiste de louverture au monde, s’il implique de s’y livrer sans arme, concept ni conviction, reste une indigne fumisterie.)

Donc, sans affirmer que toute connaissance consisterait à ramener au connu, il faut dire que c’est seulement parce que nous savons déjà un certain ou un grand nombre de choses que l’inconnu devient pour nous du connu. C’est vrai dans
le domaine des sciences, mais aussi dans ceux de
la morale, des arts et de la politique. Entre la nouveauté et l’esprit qui s’en empare, il y a toute une vie, un ensemble de savoirs, d’outils, de règles qui permettent de progresser. Autrement dit, il y a l’éducation, la société, l’humanité entière qui ont collaboré à notre propre découverte, même et surtout s’il s’agit d’une innovation.

Gabriel de Seinemont

 
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