"Scientifique" Version imprimable Suggérer par mail

Selon le critère qui a prévalu d’Aristote à la Renaissance, la condition nécessaire et suffisante d’une connaissance « scientifique » est de nous faire savoir (faciens scire) quelque chose de certain sur les causes et leurs effets : qu’elle soit le fruit d’une activité enrichissante et cohérente de la raison, appliquée au réel.

Certains ne manqueront pas de sourire d’une telle tautologie. Ils n’oublient qu’une chose : pour l’intelligentsia contemporaine, il y a longtemps que celle-ci n’en est plus une. Qu’on interroge n’importe quel manuel scolaire, qu’on ouvre la première encyclopédie : il n’y a aujourd’hui de science que du « quantitatif » et du « mesurable », de la relation mathématiquement exprimée – ou encore du calcul probabilitaire, introduit dans le domaine de la contingence. Il suit de là qu’en dehors des purs « êtres de raison », on n’admet plus d’objets susceptibles de théorie authentiquement et intégralement scientifique : totalitarisme de mathématiciens ; victoire des seules mathématiques fondamentales ou appliquées, et de toutes les sciences expérimentales ou « humaines » qui en découlent. Il suit de là également que la psychologie, la morale, la métaphysique, ne sont plus des sciences pour le monde moderne. A fortiori la politique…

La définition traditionnelle de la science, telle que la résume saint Thomas d’Aquin, reste beaucoup plus large: cognitio certa necessarii per causas, « la connaissance certaine du nécessaire par ses causes ». Son champ d’application est infiniment moins restrictif, on le voit, que celui imposée par le génie, prétendument scientifique, de notre siècle : un phénomène n’aura nul besoin, pour devenir objet de science, d’être « réductible » à un pur faisceau de mesures, de structures ou de relations, au seul point de vue de sa quantité. Il suffit (et en vérité c’est déjà beaucoup) de montrer que cet objet peut recevoir une explication satisfaisante, nécessaire et générale, du point de vue de sa causalité.

Connaître par les causes, tel est le propre de la raison : toute connaissance vraiment causale est scientifique par définition.
Gabriel de Seinemont

 
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