| Un “futur” sans avenir |
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Un drôle de substantif –“futur” – semble en passe de s’imposer partout… “L’avenir”, si riche de consonances psychologiques et d’espérances sociales à travers toutes les langues latines, est en train de se faire méchamment supplanter par cet anglicisme de mauvais aloi dans le discours des journalistes et des politiciens. Sous les notions historiques de passé, de présent, d’avenir, on trouve en effet des épaisseurs et comme des consistances intellectuelles de temps où chacun d’entre nous engage aux côtés des autres son héritage culturel et moral, son intelligence des situations, ses projets de vie… Personne ne peut faire “table rase” de son propre passé pour avancer dans la vie. Encore moins de celui des autres, s’il entend les perfectionner. Personne n’a jamais su construire la moindre parcelle de perspective d’avenir sans puiser dans une vision plus ou moins claire de son bien propre ou du bien commun, et progresser sur cet enracinement. Le futur grammatical et chronologique s’oppose à toutes les forces du passé individuel et collectif quand l’avenir ne peut faire autre chose que de s’y raccrocher. Qu’allez-vous mettre dans ce pauvre futur déraciné, sinon la montre et le calendrier de vos attentes ou de vos illusions ? Le futur n’a pas plus d’avenir que le mouvement des astres au chapitre de ses possibilités d’amélioration. Si j’étais progressiste, je bannirais le mot du langage courant. Gabriel de Seinemont |
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