Morale et politique Version imprimable Suggérer par mail

Il n’est possible d’opposer la morale à la politique, comme les médias le font chaque jour, qu’à la condition radicalement inacceptable de définir la première comme purement personnelle, autonome, c’est-à-dire relevant de la subjectivité individuelle, et de limiter la seconde au domaine technocratique des seules exigences pratiques de la vie collective : “l’intérêt collectif”, comme on dit aujourd’hui sans autre précision…
Les Anciens échappaient à cette périlleuse dichotomie en s’arrêtant sur une définition: est “moral”, pour eux, tout ce qui touche aux mœurs, à l’agir humain en général. Or, rien ne touche davantage aux mœurs que l’organisation sociale. Platon, Aristote et tous les philosophes de la tradition classique sont d’accord là-dessus… Quant à saint Thomas d’Aquin, il y échappe également, voire doublement, par la conception chrétienne de la morale dont sa philosophie exprime les fondements : est moral, pour lui, tout ce qui ordonne l’ensemble des actes humains à la fin dernière de l’homme, “telle qu’elle serait si l’homme n'avait pour fin dernière que cette béatitude naturelle – bien vivre, vivre selon la vertu”.
La politique est donc bien une science, authentiquement et intégralement “scientifique”. Elle est une science pratique, dont le but n’est pas seulement d’élaborer des théories sur les phénomènes de l’ordre social (“sciences politiques” au sens actuel), mais de participer elle-même à la réalisation de ce qu’elle étudie. Et elle est une science morale, aussi bien par la matière de toutes ses investigations – les actes humains de la vie sociale – que par le caractère éminemment éthique de sa vocation : ordinare in bonum commune, conduire la communauté tout entière au seul bien que chacun de ses membres ait vraiment en commun avec les autres, celui d’une vie pleine et bonne, et pleine parce que bonne, précisément !  
Gabriel de Seinemont
 
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