| L’indigestion médiatique |
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Il a toujours paru naturel au sens commun de dissocier la fonction humaine de perception des messages (attribuée à tort aux seuls organes sensoriels) et celle de l’assimilation critique (réservée à l’intelligence, qu’on sépare à tort de tout le reste). Mais ici le sens commun se trompe doublement : les deux systèmes en effet – perceptif et critique – ne vont pas sans de multiples et étroites interactions. En outre, ils appartiennent tous deux au même esprit humain, lequel est limité par définition : toute l’énergie psychique dépensée par l’un est refusée à l’autre, en proportion naturellement des “réserves” de chacun. Le système perceptif met en effet en jeu l’ensemble de nos facultés mentales (attention, intuition, mémoire, jugement, conceptualisation), non certes au même point, mais au même titre exactement que le système critique : on ne saurait donc tout percevoir et tout comprendre en même temps, c’est-à-dire tout apprécier, mesurer ou découvrir en fonction de ce que l’on sait déjà – surtout lorsque le rythme imposé à la succession des messages est particulièrement accéléré… La perception exige la mobilisation mentale – la critique l’immobilité sensorielle ; la perception implique une attention immédiate, directe, dispersée ; la critique une attention volontaire, réflexe et concentrée. Pour rendre une image, la première est comme une ouverture (limitée), la seconde une fermeture (relative) et la vie psychique dans son ensemble appelle une succession dans le temps de ces deux mouvements, ces deux “directions”, ces deux respirations de l’esprit. Par suite, l’excès quantitatif dans la consommation quotidienne de messages informants aboutit presque nécessairement à une sorte d’indigestion mentale, de dérèglement de la vie même de l’esprit. Et cette affection rend l’homme incapable, sauf circonstance exceptionnelle, de se prononcer sur la qualité : on voit mal en effet comment l’hypertrophie du système réceptif de l’intelligence ne s’accompagnerait pas d’une sorte de blocage, d’atrophie partielle de l’esprit critique. Et, comme tous ceux qui souffrent d’un déséquilibre physiologique dont la cause ne leur est pas connue, nos contemporains voient partout sauf dans leurs propres excès des raisons de se plaindre et de sentir “mal dans leur peau”. Gabriel de Seinemont |
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