| Le journal |
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« Le journal, la plus grande invention depuis la création du monde et certainement depuis la création de l’âme, car il touche, il atteint à la constitution même de l’âme. Le journal, seconde création. Spirituelle. Ou plutôt commencement, point d’origine de la décréation. Spirituelle. Point d’origine d’une deuxième création. Ou plutôt point d’origine d’une dégradation, d’une déformation, d’une altération qui constitue réellement le commencement de la décréation. Au moins de la décréation de la création éminente, de la création essentielle, de la création centrale, de la création profonde qui est la création spirituelle. Et en elle, par elle, des autres. Et ici il faut bien s’entendre. « Je suis convaincu qu’il y a des bons et des mauvais journaux. Je suis convaincu surtout qu’il y en a des mauvais. Et il y a aussi ceux qui sont bons et mauvais. Dans des proportions variées. J’admets qu’il y ait tout un échelonnement. J’admets que nous ferons une table des valeurs. Eh bien ce que je dis, c’est que ce n’est pas cette table des valeurs qui m’intéresse. C’est le registre même où il se fait qu’elle est une table des valeurs… « Eh bien ce que je dis c’est que les mauvais journaux font infiniment plus de mal comme journaux que comme mauvais, la mauvaise presse fait infiniment plus de mal comme presse que comme mauvaise. Et c’est ici enfin que nous rejoignons notre Bergson : une mauvaise idée toute faite est infiniment plus pernicieuse comme toute faite que comme mauvaise ; une idée fausse toute faite est infiniment plus fausse comme toute faite que comme fausse. « C’est en ce sens que l’invention du journal est sans aucun doute celle qui fait époque, celle qui marque une date depuis le commencement du monde et cette date est la date même du commencement de la décréation. Il y a quelque chose de pire que d’avoir une mauvaise pensée. C’est d’avoir une pensée toute faite. Il y a quelque chose de pire que d’avoir une mauvaise âme et même de se faire une mauvaise âme. C’est d’avoir une âme toute faite. Il y a quelque chose de pire que d’avoir une âme même perverse. C’est d’avoir une âme habituée. » Charles Péguy, Note conjointe sur M. Descartes et la philosophie cartésienne. (Pour approfondir, voir notre dossier du jour.) |
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