| L’amour du lointain abstrait |
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Comme il est facile aujourd’hui de se tromper de “prochain”! Tous les matins, tous les midis, tous les soirs, les journaux de toute nature, physique ou numérique, le situent à plusieurs milliers de kilomètres de notre lieu d’habitation… Certes, les gens ne peuvent pas tout ignorer des heurts et des malheurs qui frappent régulièrement la planète. Il reste à craindre cependant qu’ayant pris l’habitude de se laisser émouvoir ou impressionner à heures fixes, sur (télé)commande, l’homme absorbé par les médias ne trouve plus place pour une seule réaction du cœur authentique et charitable, voire une seule action de solidarité civique sur son environnement immédiat. La charité, on le sait, n’est vraiment charitable que lorsqu’elle s’inspire d’un ordre, et même lui obéit… D’un ordre qui ne commence pas à l’autre bout du monde… D’un ordre qui ne consiste pas à s’alarmer d’abord, et encore moins seulement, des catastrophes naturelles, des famines ou des guerres éclatées aux quatre coins du globe. Or, la principale conséquence morale de l’abus d’informations mondiales est précisément celle-là : nous charger l’esprit ou le cœur d’une masse de préoccupations abstraites, générales, et sur lesquelles nous n’avons pas prise – en nous rendant ainsi chaque jour plus inaptes, psychiquement et moralement, à écouter et comprendre ce qui se passe autour de nous. Sans la magie des ondes, des sons, des images, sans le prestige du journaliste ou du présentateur, le malheur même des voisins de palier est hors jeu. Il n’a pas droit de cité. “L’amour du prochain concret se dévalue ainsi en amour du lointain abstrait, ce qui est bien la façon la plus hypocrite et la plus odieuse de s’aimer soi-même.” Ce jugement qui résume tout est de Marcel De Corte. Il ne fait que décliner en termes de philosophie morale la parabole universelle et tellement lumineuse du Bon Samaritain. Gabriel de Seinemont |
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