| La solitude du spéculateur |
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On pratique des millions d’échanges, chaque jour, sur les places financières, qui font évoluer dans des délais de plus en plus courts la valeur liquide des produits en compétition. Sur le marché des changes, la volatilité est telle que la qualité d’un trader se juge au nombre de secondes dont il aura besoin dans les moments critiques pour revoir ses positions ! Le “bon” spéculateur financier, d’une façon ou d’une autre, joue toujours la montre de l’agitation des cours contre la boussole de la création de valeur. Le temps, ce vieil allié du capitalisme industriel et patrimonial des siècles derniers, risque à tout moment de se retourner contre lui : il faut qu’il soit le premier à acheter ou à vendre dans les meilleures conditions, et donc à participer lui-même au grand yoyo mondial où la réalité du travail des hommes et des valeurs qu’ils construisent compte de moins en moins. La spéculation financière intervient dans un marché mondial marqué par la complexité des produits, l’interactivité des opérateurs et l’accélération des échanges, sur des volumes de plus en plus importants (l’encours des fameux “produits dérivés” de l’industrie financière s’élève aujourd’hui à 700 000 milliards de dollars, dix fois le montant du PIB mondial !) Elle s’est déconnectée ainsi de tous les rythmes de l’activité économique, comme des fondamentaux du crédit dans l’activité bancaire, pour comprimer les temps et faire exploser les taux du retour sur investissement. Les conséquences de cette déconnexion sont devenues cruellement perceptibles avec une crise mondiale qui prend naissance dans le surendettement programmé des ménages américains pour aboutir un an plus tard à des catastrophes majeures à travers tous les pays développés…
Le spéculateur financier investit ou se retire sur la base du crédit qu’il accorde à la qualité d’une information : interprétation des cours, publicité des banques, conseil des intermédiaires, avis des analystes et des agences de notation… Si cette information se dégrade, sur des produits de plus en plus complexes et “virtualisés”, au point de jouer parfois le jeu des faussaires, le ressort de la confiance essentiel aux échanges entre acteurs financiers est brisé.
La démarche du spéculateur financier, enfin, est nécessairement autarcique. Sa motivation la plus forte et la plus excitante, du plus modeste parieur en bourse au plus gros trader, est de gagner tout seul dans des délais-records beaucoup plus d’argent que les autres par la pertinence ou l’audace de ses prises de position (“faire des coups”). Perdant ou gagnant, il en sortira toujours aussi seul qu’il y était entré. L’échec ne le renvoie qu’aux déficiences de son information, de son instinct ou de sa “martingale”. Le secret d’une réussite ne sera jamais partagé. |
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