| La “Caverne” du XXIe siècle |
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Georges Bernanos, qui n’avait pas connu l’explosion des médias de l’audiovisuel ni l’implosion du numérique, accusait le monde moderne d’être “une conspiration contre toute forme de vie intérieure”. Vingt-trois siècles avant lui, dans son allégorie de la Caverne, Platon voyait dans les mœurs crédules et bavardes de son époque une conspiration plus générale encore contre toute forme d’attention à l’être et donc de véritable pensée. C’est une allégorie universelle, comme le Seigneur se livrera plus tard en paraboles, et temporelle aussi car le sens n’en finit pas de se dévoiler. On peut y voir, avec le meilleur Descartes, le texte fondateur de la pensée occidentale dont notre civilisation et toutes ses sciences sont issues. Elle place les hommes dans une caverne où la vraie vie ne parvient qu’en ombres agitées sur les murs, comme un écho de ce qui se passe au-dehors, dans l’aveuglant soleil des choses intelligibles que Platon appelle les “Idées”. Elle nous dit que toute vérité, physique, morale, métaphysique – celle des astres, des fondements de la vie, du mystère des cœurs – se cache derrière des apparences qu’il faut savoir décrypter. Non sans mal, et pas toujours pour son bien. Malheur à celui qui tente la longue ascension vers la lumière des êtres et de leur vérité, s’il se risque ensuite à retourner vers ses frères pour raconter son éblouissement ! Les hommes n’aiment pas qu’on les dérange dans les illusions collectives qui leur évitent de penser... Si Platon avait pu deviner l’invasion de la presse, de la radio, de la télévision, du PC, du walkman, et plus encore du “grand village mondial” des enchaînés du web, du wap, du chat, du blog et de la téléphonie mobile, s’il avait pu observer avec quel soin et quel prodige d’innovations technologiques l’homme du XXIe siècle s’interdit hors médias de contempler le monde, d’interroger ses proches, voire de s’interroger lui-même sur le sens des choses et celui qu’il donne à sa vie, il aurait pu écrire sa République sans besoin de caverne, comme le best-seller le plus prophétique de toute l’histoire de la philosophie. Gabriel de Seinemont |
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