Dictatures de “l’envie” Version imprimable Suggérer par mail

J’entends dix fois par jour les animateurs de débats radiophoniques ou télévisés placer d’instinct les interventions de leurs invités sous le registre de la libido : “Qu’avez-vous envie de répondre à cela ?” Et l’invité reprend souvent comme un automate : “Eh bien, j’ai envie de vous dire…

Sous ce vocabulaire pointe une philosophie résolument hostile aux contraintes de l’intelligence à la recherche de la vérité, comme au progrès des idées elles-mêmes dans la discussion entre humains. L’envie est un désir qui échappe à la raison, voire la déboussole complètement. Voltaire en fait à juste titre “le bourreau de l’esprit”. Pour la morale chrétienne, c’est même un gros péché.

En matière amoureuse, l’envie est le contraire du désir qui se donne un objet, sait l’attendre et veut le respecter. L’envie, c’est le “moi je”. Un enfermement sur l’ego de chacun d’entre nous. Une façon comme une autre d’enfoncer le clou de la religion dominante du relativisme universel : “Toutes les idées, toutes les morales, toutes les cultures et toutes les civilisations se valent ; on ne blâme pas les vôtres, à la seule condition que vous vous absteniez de tout jugement de valeur sur les convictions et les comportements du prochain ; car il n’y a plus ni bien ni mal, ni vrai ni faux.”

Cette foire aux envies n’a jamais produit que des catastrophes individuelles ou collectives dans l’histoire de l’humanité. En laissant place nette au plus fort, au plus haineux, au mieux criant, elle a déjà fait le lit d’Hitler, Staline, Pol Pot et Khomeini… Et on nous l’impose aujourd’hui comme la plus grande conquête de la modernité !
Gabriel de Seinemont

 

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