De labore Solis Version imprimable Suggérer par mail

Personne n’est obligé de croire à la prophétie de saint Malachie, qui situait le pontificat de Jean-Paul II sous le signe d’une illumination complète du message chrétien : De labore Solis. Comme personne n’est en mesure de fournir aujourd’hui une explication convaincante de la devise attribuée au pontificat suivant : De gloria Olivae...
En ce mois de mai, qui réveille tant de souvenirs liés au pontificat de Jean-Paul II, je crois bien cependant que Malachie avait raison sur le principal ressort du succès de son pontificat.
De labore Solis... C’est l’intuition commune de tous ceux qui ont approché de près cet homme, comme il m’est arrivé de le faire pour réaliser son portrait en télévision. La certitude aussi de tous ceux qui n’ont fait que croiser sa route ou son regard, tant sa foi rayonnait de spiritualité profonde et de belle humanité. C’était un pape à la François d’Assise dans la carrure ou du moins l’énergie intellectuelle d’un Thomas d’Aquin. On l’aurait bien surpris lui aussi en lui recommandant de se méfier des mauvaises rencontres avec les hérésiarques et les incroyants – que son cœur franciscain provoquait volontiers – ou d’ignorer les arguments du monde – que son esprit thomiste nourri de passions slaves aimait à retourner de l’intérieur par la force de sa présence et de sa conviction.
Il ne manifesta pas d’intérêt soutenu pour les questions liturgiques, ayant fait une priorité dans son pontificat de la conversion du clergé, du célibat des prêtres et de leur exemplarité de vie. Mais je l’ai vu à travers le zoom sans merci de nos caméras de télévision célébrer dans le vieux rite Slavon à Rome, pour la fête des saints Cyrille et Méthode, avec une extraordinaire, une énorme émotion : des sueurs d’agonie spirituelle venaient perler sur son front au Canon de la messe, et les mains s’allongeaient sans fin, dans la prière mystique qu’elles ajoutaient au texte, au moment de l’élévation... Jamais je n’avais ressenti de façon aussi claire et sensible dans ma vie que le prêtre à l’autel est la personne du Christ qui se continue : agit in persona Christi.
Pour moi, c’est cette grâce intérieure de prêtre de Jésus-Christ – sacerdos in aeternum – qui lui a procuré la force de dire toujours la vérité, sans précautions ni détours, sur les nombreuses questions de morale individuelle et collective qu’il lui a été donné d’aborder.
Jean-Paul II n’a pas cherché à plaire au monde en s’alignant sur ses mirages humanitaires, et c’est pourquoi il a plu. Il n’a pas voulu étonner le monde en sabordant les disciplines ou les enseignements traditionnels de la foi, et c’est ainsi qu’il l’a le plus fort étonné. Il n’a pas cherché à se faire aimer du monde, et vraiment aucun pape à ce jour n’aura levé sur terre autant d’amour que lui. – Que faut-il ajouter ?
Hugues Kéraly

 

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