Culture des mots Version imprimable Suggérer par mail

L’image nous habite plus profondément que le son et se retient mieux que lui. Gardons ce ressort présent à l’esprit dans le choix des exemples, mais également dans celui des analogies spatio-temporelles véhiculées par les mots. Chaque nation, chaque culture a les siennes, qui se sont forgées sur des images toutes simples et souvent très anciennes… Exemple :

“La goutte qui fait déborder le vase” chez nous autres Français, toujours prompts à sabrer et sabler le champagne, est une analogie gastronomique appréciée et connue…

C’est la même goutte qui remplira le verre “à ras bord“, sans débordement aucun, dans les mœurs espagnoles plus économes du précieux vino tinto : “La gota que colma el vaso !” (“Es un colmo” signifie bien “c’est un comble”, mais ce comble au-delà des Pyrénées n’a pas taché la nape, il est resté bien droit sur la table pour soulever l’indignation de tous les invités…

Et voici que notre goutte devient “la paille qui fait tomber le chameau” de nos voisins britanniques, génétiquement soucieux de gros commerce avec leurs comptoirs d’Orient : “The straw that breaks the camel’s back”

Trois analogies savoureuses, trois cultures historiques, trois nations bien distinctes, qui ne rirons pas aux mêmes mots, ne se mobiliseront point sur les mêmes représentations mentales, ni n’entreront jamais en guerre sur les mêmes considérations.
Gabriel de Seinemont

 
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