| "Démocratie" |
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Etymologiquement : pouvoir du peuple. Dans cette conception idéelle, c’est chose tellement rare et fragile que ses seules formes capables de résister – un temps – aux ambitions individuelles et au droit du plus fort ne dépassent pas le cadre municipal. La Cité antique pratiquait cette démocratie directe selon l’étymologie : l’assemblée tout entière s’y gouvernait elle-même, au nom du principe d’unanimité ; et, en vertu du principe corollaire de permanence, l’assemblée tout entière était toujours en train de s’y gouverner. Mais ces citoyens-là vivaient dans une aristocratie de fait par rapport à la société globale qui dépendait d’eux ; ils étaient éduqués, religieux, responsables, fort peu nombreux ; et les lois de la cité avaient soin de laisser entière l’autorité de chaque citoyen dans sa sphère propre, comme de chaque groupe, selon des hiérarchies confirmées par l’usage. Eh bien ce grand luxe de précautions, d’atténuations, de composition sur le principe n’a pas sauvé de la démagogie et du désordre les démocraties de l’Antiquité. On leur a vite préféré les tyrans locaux, et même l’Empire. Le déclin des démocraties parlementaires d’aujourd’hui au bénéfice de régimes de plus en plus “présidentialistes” marque sans doute une réaction du même ordre. Les démocraties contemporaines, dans la lutte pour l’obtention des suffrages, ne parviennent en effet à exprimer la “volonté générale” des citoyens qu’à condition de la diviser préalablement contre elle-même, c’est-à-dire de mettre en compétition des intérêts particuliers. D’autre part, toujours selon le dogme, pas de démocratie sans opinion exprimée. Dans un tel régime, l’élu du peuple est donc sans cesse en situation de déclaration ou de justification publicitaire, visant à s’assurer ou reconquérir des votants. Mais le peuple sait très peu de lui-même, en matière politique, ce qui fera son bien. La classe dirigeante se place donc dans la dépendance théorique d’une opinion qu’elle se trouve par ailleurs sans cesse obligée d’entretenir et de fabriquer. Du coup, c’est le corps social entier qu’elle conduit à vivre dans une soumission croissante aux grands supports et accélérateurs professionnels d’opinion publique, qui constituent le principal pouvoir dans la définition des “choix de société”. Gabriel de Seinemont |
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