| Un Etat terroriste, une France complice |
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Moines de Tibéhirine
Un Etat terroriste, une France complice pendant 13 ans
Les informations dont nous disposons à ce jour attestent de façon indiscutable que Djamel Zitouni, “l'émir national” du GIA (depuis octobre 1994) qui a revendiqué l'enlèvement et l'assassinat des moines de Tibhirine en 1996, était un agent du DRS. Et que ce sont les responsables de ces services, au cœur du pouvoir algérien depuis 1962 et qui le contrôlent à peu près totalement depuis quinze ans, qui ont organisé et géré l'enlèvement (et très probablement l'assassinat) : en l'occurrence le général Smaïn Lamari (chef de la Direction du contre-espionnage et numéro deux du DRS derrière le général Toufik Médiène depuis septembre 1990) et le colonel M'Henna Djebbar (chef du CTRI de Blida, antenne du DRS dans l'Algérois, de 1990 à 2001). On se reportera sur ce sujet au rapport très complet de Salima Mellah, “Le mouvement islamiste entre autonomie et manipulation” (rédigé en mai 2004 pour la session du Tribunal permanent des peuples qui s'est tenue à Paris). Il montre à quel point, en 1996 (et bien avant déjà), le GIA n'avait pas le moindre rapport avec une “conception dévoyée de l'islam”, mais relevait essentiellement de la fabrication sophistiquée par le DRS d'un pseudo “islam radical”, visant avant tout à écraser par la terreur le peuple algérien. (…) Bien sûr, en janvier 1994, quand le Frère Christian de Chergé a rédigé son “testament” bouleversant, il ne pouvait savoir que les crimes atroces du GIA “commis au nom de l'islam”, qu'il cherchait à comprendre (…) étaient en réalité le fruit d'une manipulation des chefs du DRS. Ce testament a été écrit en effet peu après le terrible assassinat, attribué officiellement au GIA, le 14 décembre 1993, de quatorze techniciens croates du chantier de Tamesguida, à quelques kilomètres du monastère, des hommes auxquels les moines de Tibhirine étaient très liés : ils ont été enlevés et égorgés méthodiquement par un commando de cinquante hommes armés et cagoulés, les assassins ayant séparé soigneusement les musulmans des chrétiens, épargnant les premiers et tuant les seconds “au nom de l'Islam”. Or, la légitimation de ce type de pratique criminelle est totalement étrangère aux traditions des religieux algériens (en dehors peut-être de quelques très hypothétiques extrémistes égarés). On sait aujourd'hui que ce massacre, comme tant d'autres revendiqués par le GIA, correspond en fait à une matrice “made in DRS” : des “émirs” qui sont en réalité des officiers du DRS (s'étant fait passer pour des déserteurs) ou des islamistes retournés et “tenus” par le DRS, encadrant des jeunes incultes, à qui ils ordonnent d'éliminer – le plus souvent sous l'emprise de la drogue – de façon barbare les “cibles” choisies par les chefs du DRS (depuis les intellectuels anti-islamistes jusqu'aux habitants des zones ayant voté FIS, en passant par des étrangers ou des religieux chrétiens). Autant la posture “compréhensive” de Christian de Chergé, quand il rédigeait son “testament” en 1994, nous apparaît à juste titre admirable (il ignorait évidemment tout cela), autant aujourd'hui, il n'est plus possible de n'évoquer le rôle du DRS dans l'enlèvement des moines qu'avec des conditionnels prudents et des questions (…) Cela laisse l'impression pénible que la mort des moines ne peut plus être évoquée que par la dimension spirituelle de leur engagement en terre d'islam, alors que les conditions de leur assassinat à l'initiative de militaires criminels se moquant totalement de la religion, relèveraient d'une tout autre sphère. Cette séparation me paraît choquante et, sur le fond, totalement contradictoire avec le témoignage même des moines. Il faut dire que, à de très rares exceptions près (comme le Père Armand Veilleux, partie prenante de la plainte déposée en France en 2003 par la famille de l'un des moines assassinés), les nombreux religieux catholiques qui ont évoqué ces dernières années le drame de Tibhirine dans des écrits ou des films, ont, eux, totalement passé sous silence la responsabilité du pouvoir algérien… Comme si une consigne de silence, du haut en bas de l'Église catholique, visait ainsi à “préserver l'Église d'Algérie”, dont on sait que le chef, Mgr Henri Teissier, a toujours collé très fidèlement aux thèses du pouvoir algérien, et s'est bien gardé de dénoncer les crimes atroces commis par le DRS et les forces spéciales de l'ANP depuis 1992. À cet égard, le silence encore plus complet observé par l'Église à propos de l'assassinat de l'évêque d'Oran, Mgr Pierre Claverie, le 1er août 1996, est tout aussi choquant. On sait en effet aujourd'hui que, selon toute probabilité, Mgr Claverie a été assassiné à l'initiative des chefs du DRS, parce qu'il connaissait le rôle joué par ces derniers dans le drame de Tibhirine et qu'il était donc “dangereux” de le laisser en vie. Source : François Gèze, Algeria-Watch (informations sur la situation des droits humains en Algérie) Sur l'assassinat de Mgr Claverie, évêque d'Oran, toutes les précisions utiles sont rapportées par Franck Deletraz dans un article du journal “Présent", daté du 10 juilet 2009 : Après avoir pointé du doigt le week-end dernier les autorités algériennes et évoqué leur responsabilité dans le massacre des moines trappistes de Tibéhirine en juin 1996 (Présent des 8 et 9 juillet), le général François Buchwalter, ancien attaché militaire de l’ambassade de France à Alger de 1995 à 1998, a une nouvelle fois mis en cause mardi devant le juge antiterroriste chargé de l’enquête le gouvernement FLN dans le meurtre de Mgr Claverie, évêque d’Oran, perpétré deux mois plus tard. L’affaire remonte au 1er août 1996, quelques semaines après la découverte au bord d’une route, près de Médéa, des têtes décapitées des religieux de Tibéhirine. Ce jour-là, l’évêque d’Oran, Mgr Claverie, était tué dans l’explosion d’une bombe contre l’évêché d’Oran. Selon l’ancien attaché militaire de l’ambassade de France à Alger, depuis quelque temps déjà, l’évêque dérangeait et agaçait beaucoup les autorités algériennes. En effet, a expliqué François Buchwalter au juge parisien Marc Trévidic, « Mgr Claverie pensait à l’implication du pouvoir algérien » dans le massacre des moines trappistes de Tibéhirine, « je crois qu’il l’avait même écrit ». Or, les autorités « n’appréciaient pas sa liberté de ton, tant à l’égard des islamistes que du pouvoir algérien ». Et l’ancien attaché militaire de l’ambassade de France à Alger, d’ajouter : « Vous savez comment il est mort : il a changé son billet au dernier moment. » Or, « très peu de gens étaient au courant »… Le jour de sa mort, Mgr Claverie était venu saluer à Alger Hervé de Charette, alors ministre français des Affaires étrangères. Il était rentré de manière inopinée à Oran. Or, explique François Buchwalter, « je pense qu’il y a un lien entre l’insistance d’Hervé de Charette à aller à Tibéhirine et cet assassinat. J’ai été témoin de la fureur du ministre algérien des Affaires étrangères quand Hervé de Charette a modifié le planning prévu pour aller à Tibéhirine. Les Algériens ont bataillé pendant des heures pour s’opposer à ce déplacement ». Une nouvelle mise en cause des autorités algériennes qui intervient au moment où l’affaire des moines de Tibéhirine prend un tour politico-médiatique. Après les premières révélations du général Buchwalter, le président Nicolas Sarkozy devait en effet réclamer mardi « toute la vérité » sur cette affaire et exhorter les autorités algériennes à collaborer à l’enquête française. En même temps, il annonçait la levée prochaine du secret défense sur « tout document » que pourrait demander la justice, car, devait-il affirmer, « il n’y a rien à cacher ». Rien à cacher ? Ce n’est, en tout cas, pas l’avis de l’avocat des parties civiles, Patrick Baudouin, pour qui « il y a eu dissimulation de l’affaire par les autorités françaises comme par les autorités algériennes ». Un avis rejoint par l’ancien juge anti-terroriste et ex-député Alain Marsaud, qui a affirmé mardi que l’affaire de Tibéhirine avait été « enterrée volontairement » par le gouvernement du moment. Marsaud a en effet rapporté qu’en 1996, il avait reçu dans son bureau de l’Assemblée nationale « un homme qui se présentait comme membre des services de renseignements algériens » qui lui avait expliqué que le massacre des moines de Tibéhirine était « une action imputable à des agents ou des militaires algériens ». Or, indiquait Alain Marsaud, « j’ai alors écrit à deux reprises au ministre de la Justice qui m’a fait comprendre qu’il n’y aurait aucune suite » ! En même temps, la sœur d’un moine à laquelle l’ex-député avait conseillé de déposer plainte, devait être « rapidement dissuadée par des gens proches des services de renseignements français » de poursuivre plus loin ses démarches… Ce qui fait dire mardi à Alain Marsaud que l’affaire avait été « enterrée volontairement », parce que les autorités françaises « étaient complètement au courant de ce qui s’était passé ». |
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On savait depuis plusieurs années, de sources sérieuses et concordantes, que Djamel Zitouni, le petit chef du GIA qui a revendiqué au printemps 1996 l’enlèvement puis l’assassinat des sept moines français du monastère de Tibéhirine, était manipulé par les services de renseignement de l’armée algérienne (DRS), comme le résume le texte que nous reproduisons ci-dessous. Il est d’ailleurs dans la logique des choses qu’un Etat né lui-même du terrorisme FLN soit dénué de tout scrupule et redoutablement expert en ce type de manipulation… Les derniers rebondissements de l’affaire obligent à découvrir quelque chose de beaucoup plus étrange et de beaucoup plus scandaleux : dès le lendemain de l'enlèvement des moines, et donc depuis plus de 13 ans, le gouvernement français le savait aussi !
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