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PSYCHO-SOCIOLOGIE
Sous la crise économique, une remise en cause de notre modèle mental
De fait tous nos systèmes d’alerte ont été neutralisés et détournés de leurs fonctions vitales ! C’est toute une dynamique folle de pseudo-croyances en un modèle de “fabrication virtuelle du bonheur”, portée par l’illusion de la magie du marketing des “marques”, symboles de la mondialisation, qui vient de sombrer. Les évènements de ces derniers mois ont réuni toutes les pathologies des grandes catastrophes bien connues : celle du déni de réalité (comme pour Tchernobyl), celle de l’erreur d’évaluation (comme pour le cyclone Katrina), celle de la suffisance de nos organisations et de l’arrogance de nos systèmes de décision (comme pour le Titanic). (…) Des peuples hédonistes, repus et égoïstes, asservis à la surconsommation et au surendettement L’année 2008 a surtout révélé au monde que personne au sein de nos grandes puissances n’était en mesure d’évaluer et de contrôler réellement ce système livré à lui-même pour des finalités spéculatives et matérialistes sans limites. Soyons lucides, la contradiction et l’esprit critique n’ayant plus droit de cité depuis plusieurs décennies, seule l’euphorie de la surenchère financière et de la spéculation, supportée par des médias incultes, a servi jusqu’à présent de références à des peuples asservis à la surconsommation et au surendettement (avec des effets moutonniers toujours consternants). Et ne nous racontons pas d’histoire, il n’y a pas de différence de “modèle mental” entre ce que certains qualifient de “spécificité européenne”, forcément vertueuse, et une “légèreté américaine”, forcément perverse et à l’origine de tous nos maux dans cette quête insatiable de bonheur matériel. Les deux partagent de fait et depuis trois siècles la même obsession de recherche de bien-être. Certes les deux rivages de l’atlantique se querellent sur les méthodes mais ils se rejoignent incontestablement sur les finalités. Sous couvert d’une philosophie de la liberté et de la propriété individuelle, tout est pensé par nos magiciens de la publicité et de la communication pour stimuler l’âpreté du gain, l’appropriation et la possession. De cette quête initiale, légitime et profitable du “progrès” pour l‘humanité il n’est resté au fil du temps qu’une certaine médiocrité “marketing” incarnée par des peuples hédonistes, repus et égoïstes, qui vivent désormais depuis plusieurs décennies au dessus de leurs moyens. Cela ne les empêche pas de s’arroger le droit de faire la morale à tous les peuples de la planète, bien au contraire ! Comme si le pouvoir de la domination par l’argent et par l’image donnait le pouvoir sur les âmes et les consciences ! Ces frontières mentales et conceptuelles désuètes sont en train de s’écrouler face à un monde qui aspire à autre chose de plus humain ! Pour beaucoup, la seule finalité de ce système est de garantir désormais à nos sociétés oisives et superficielles de pouvoir vivre le plus longtemps possible avec le maximum de rentes viagères sans contraintes. L’imposture va jusqu’à reporter sur les générations futures l’irresponsabilité des non investissements stratégiques, que nous aurions dû faire depuis 30 ans, en faisant croire que la jouissance permanente du moment présent est la garantie d’un “développement durable” (cf. les politiques de déficit et d’endettement public menées depuis les années 1980 par la “génération de 68” aux commandes de nos démocraties... notamment en France). Ce processus de plus en plus aberrant est arrivé à son point de rupture, mais l’Occident ne veut pas encore y croire. La déshumanisation de nos modes de vie Tout cela n’a rien à voir avec une soi-disant “crise du capitalisme” ou du “libéralisme”. Les évènements que nous traversons sont sur le fond beaucoup plus sérieux et graves que ce que nous pouvons croire malgré toutes les posologies des plans de sauvetage de nos magiciens ou imposteurs du moment. Pour paraphraser Molière : “Presque tous les hommes meurent de leurs remèdes, et non pas de leurs maladies !” Mais nous savons tous, comme l’écrit fort justement l’anthropologue Gustave Le Bon, que “l’on domine plus facilement les peuples en excitant leurs passions qu’en s’occupant de leurs intérêts.” (in Aphorismes du temps présent). De fait, nous sommes confrontés à une remise en cause radicale de notre modèle mental ! La situation actuelle révèle bien, au-delà le désenchantement de notre quotidien, cette béance de la déshumanisation de nos modes de vie. Nos sociétés ne croient plus en l’homme et aux valeurs qu’il incarne en terme d’espérance et d’universalisme depuis deux millénaires. Pour reprendre cette pensée de Konrad Lorenz : “On peut à la rigueur parvenir à la jouissance sans acquitter le prix d’un travail rude et pénible, mais non pas à la joie, cette merveilleuse étincelle divine.” Il suffit de lire les diagnostics faits autour de la crise pour mesurer l’importance de cet effondrement des valeurs et des référenciels qui sous-tend le niveau de déni de réalité et de perte de confiance qui règne aujourd’hui. Ce ne sont pas les achats compulsifs de fin d’année ou les soldes du nouvel an qui vont nous faire croire l’inverse et masquer le désarroi existentiel de sociétés dont le seul espoir de survivance ne tient qu’à un petit “taux de croissance” sans finalité. Pourtant ce que nous vivons est bien connu, c’est souvent le signe précurseur du début des grands cycles de décadence des peuples qui ne sont plus générateurs d’idées novatrices et qui ne produisent plus aucune valeur ajoutée. Joseph Arthur Gobineau écrivait à ce sujet : “La chute des civilisations est le plus frappant et en même temps le plus obscur de tous les phénomènes de l’histoire.” Pourtant l’humanité qui a une mémoire impitoyable, même si les individus la perdent régulièrement, tient les registres de ces cycles de vie, qui permettent aux archéologues et aux historiens de disserter a posteriori sur les forces et les faiblesses des civilisations. Ce sont dans ces moments de grands remue-ménages que les frontières mentales, territoriales, technologiques, économiques.... se réinventent, se renégocient et se redessinent. Grâce aux évènements actuels nous entrons enfin dans ce moment là ! (…) D’une “crise de riche” à une “crise sociétale” En quoi 2009 serait-il différent ? Tout d’abord nous sortons d’un exercice qui fut marquée par une énorme “crise de riche”. Elle n’a fait aucune victime ! Soyons clair en Occident nous mourrons plus pour le moment de malbouffe, de sédentarité et de confort que de vrais soucis existentiels. Jusqu’à présent notre seule préoccupation est de faire face à une destruction massive de valeurs et indirectement de pouvoir d’achat. Selon les analyses des économistes la valorisation de nos actifs serait revenue à ce qu’ils étaient il y a 3-4 ans. C’est le constat que font aussi beaucoup de chefs d’entreprise qui voient le même type de processus dans le recul de leurs affaires. Dans le secteur de l’immobilier, qui est avec celui de l’automobile, l’un des plus touchés les baisses en cours restent encore marginales face à la folie des hausses de ces cinq dernières années. Tout le monde essaye de se rassurer comme il le peut en relativisant. A priori, la véritable récession et la véritable crise économique ne sont pas encore arrivées. Nous ne percevons que les prémisses des dégâts de l’atterrissage du cyclone en cours. La vraie réalité des chiffres apparaitra au cours du printemps et de l’été 2009. Nous ne sommes qu’au tout début d’un cycle long de destruction et de réajustement de valeurs. (…) Il se peut que 2009 soit d’une autre nature et beaucoup moins virtuelle. Les risques de rupture des compromis sociaux et la remise en cause de la paix civile sont forts surtout avec les décrochages de l’économie réelle qui s’annoncent massifs, brutaux et pour beaucoup irréversibles. De plus, il ne faut pas sous-estimer les facteurs aggravants des répliques du type “Madoff” avec la spoliation en série d’épargnants et les effets pervers des replis des hedfe funds qui sont loin d’être terminés sur les marchés financiers. Ce retour à l’économie réelle nous fait basculer d’une “crise de riche” à une “crise sociétale” qui, elle, pourrait faire des victimes. N’oublions pas les émeutes de 2005 chez nous (qui nous ont fait flirter avec la réalité du “couvre feu”) et le spectre de l’insurrection générale que vient de vivre la Grèce (avec tout ce que cela a de symbolique pour une jeunesse désorientée à laquelle on a menti pendant des décennies). Ce sont des signaux précurseurs lourds de sens, mais aussi de conséquences à moyen terme que nous ne pouvons écarter de la main parce qu’ils nous gênent intellectuellement. Pour le moment la tentation est d’acheter à nouveau la paix sociale et la paix civile à coup d’endettement, mais pour combien de temps ? (…) Xavier Guilhou, note de janvier 2009 : “Remue-ménage en perspective ? Vers de nouvelles frontières !” (Pour en savoir plus : www.xavierguilhou.com) |
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Conseiller du Commerce Extérieur de la France, Xavier Guilhou est spécialiste en gestion des risques au niveau international. Son analyse de la crise économique et financière est particulièrement intéressante, parce qu’elle nous fait sortir des chiffres et des débats d’experts pour recadrer sur le ressort essentiel, qui est celui des modèles et des comportements.