| L’idée qui fausse tout |
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Politique & religion
L'idée qui fausse tout…
Tenez, un simple exemple, tout-à-fait récent : Ayaan Hirsi Ali, l’ancienne députée des Pays-Bas d’origine somalienne, est toujours condamnée à mort par les “fondamentalistes” musulmans, au titre de sa lutte la liberté de penser. Son assassinat est annoncé par la nébuleuse d’Al-Quaeda depuis le 2 novembre 2004 : sur la poitrine du cadavre ensanglanté du cinéaste Theo Van Gogh, avec qui elle avait réalisé un documentaire contre l’excision, un Justicier d’Allah avait planté cette sentence au couteau... Lorsqu’elle est venue donner une conférence à l’Ecole Normale Supérieure de Paris, en février dernier, Bernard-Henri Lévy est intervenu avec sa générosité habituelle pour sommer le Président Sarkozy d’accorder l’asile politique et la nationalité française à cette militante héroïque, en révolte contre les violences physiques et morales imposées aux femmes dans la société musulmane dont elle est issue… Il a eu autant de succès que Jean Daniel ou votre serviteur, en 1975, lorsque nous réclamions à grands cris du Président Giscard qu’il veuille bien donner suite sans délai au vœu le plus cher d’Alexandre Soljénitsyne, banni d’URSS par les autorités du Kremlin : obtenir l’asile politique à Paris, dans le pays des “droits de l’homme” où il voulait poursuivre son œuvre et achever sa vie. La réponse de l’Elysée est tombée sans appel, énergique, courageuse, immédiate : c’était non ! L’Union Soviétique passait alors pour un État “comme un autre”, indépendant, souverain, respectueux de la liberté de conscience, la France n’aurait su lui faire l’affront de penser autrement… Dans son intervention publique à l’Ecole Normale Supérieure de Paris, Bernard-Henri Lévy ajoutait, après tant d’autres, qu’il ne saurait confondre la foi proprement religieuse de l’islam avec la folie politique des meurtiers fondamentalistes : “L’huître totalitaire (?) est en train de produire ses derniers effets”, déclarait-il curieusement à cette occasion. Comme on voudrait pouvoir souscrire à cette arrangeante prophétie ! Une distinction dénuée de sens pour l’islam Tout philosophe qu’il soit, BHL oublie simplement ici que seule une vision judéo-chrétienne des choses (la nôtre) peut faire la part entre le politique et le religieux. L’idée que la religion d’un homme relève de sa conscience individuelle – même ne elle ne s'y limite pas – est une idée chrétienne, active en Europe depuis Philippe Le Bel, mais qu’aucun autre courant religieux n’a jamais partagée. La doctrine de la distinction entre l’Eglise et l’Etat s’est beaucoup affinée au cours des siècles, sous l’action temporelle des princes et des constitutions, sans jamais se contredire. Elle trouve son fondement dans la réponse de Jésus au plus subtil des pièges tendus par les Pharisiens : “Rendez à César ce qu’est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.” (Mt 22, 21). Or, cette distinction n’a aucun sens pour l’islam (minusculaire), quand bien même toutes les Républiques islamiques du monde proclameraient ensemble en un acte solennel sa distinction entre politique et le religieux. Un vrai Fidèle de Mahomet ne se posera jamais de questions sur le bien-fondé des règles sociales de la Charia et des principes politiques du Coran : confusion des intérêts de l’Islam avec ceux de l’Etat, justification de l’esclavage ou de la mise à mort pour les Infidèles, négation de la liberté et de l’égalité des hommes devant Dieu… A prendre ou à laisser, qu’on le veuille ou non ! “Pendant des siècles, explique René Marchand, jusqu’à la rencontre brutale avec l’Occident, il y a deux cents ans, l’Islam tout entier a été un totalitarisme. L’islam comme système, tel qu’on le voit fonctionner au long des siècles tant qu’il est maître de son destin, ne distingue pas le politique et le religieux, mais il ne distingue pas plus le profane et le sacré. Il ne reconnaît pas la moindre sphère privée aux individus. Il interdit la conversion à une autre confession sous peine de mort. En outre, aucune civilisation n’est allée aussi loin dans le contrôle sur l’individu… L’islam fait de la guerre contre les non-Musulmans un devoir de piété. Le Coran lui-même est un chant de guerre : il tombe, à l’évidence, sous le coup des lois actuelles réprimant l’incitation à la haine pour raisons ethniques ou religieuses. (Les appels au pardon ou à la “tolérance”, qui existent aussi dans le Coran, ne concernent que les Musulmans entre eux, jamais les non-Musulmans.) Dans toute l’histoire de l’islam, les non-Musulmans sont à anéantir ou à réduire à un état juridique de sous-homme – un statut défini uniquement par les Musulmans… Tous les musulmans sont et ne peuvent qu’être fondamentalistes. Qualifier seulement ceux que nous nommons islamistes de fondamentalistes est une erreur. Un musulman ne peut qu’être fondamentaliste. S’il cessait d’être fondamentaliste, il cesserait d’être musulman.” (René Marchand, entretien pour la parution de son dernier ouvrage : Mahomet. Contre-enquête, Editions de l’echiquier). Merci de nous répondre avec des arguments ! Faire abstraction cette constante historique, au motif que beaucoup de musulmans intégrés dans nos villes ont suivi le même chemin de sécularisation progressive et d’affadissement ou de rejet des dogmes que leurs frères et sœurs de confession chrétienne, ne répond en rien à la question posée… Nous nous trompons peut-être contre Bernard Henri Lévy et Nicolas Sarkozy sur tout ou partie de cette analyse revendiquée comme incontournabe par Khomeni, Katami, Qaradawi, Boubakeur, Rushdie, Ramadan, Hirsi Ali, René Marchand et Hugues Kéraly. Mais le sort du monde occidental, et spécialement celui du bassin méditerranéen, est en jeu. Il va faloir quand même nous nous répondre avec des arguments ! ©Hugues Kéraly/Sedcontra, novembre 2008
(1) Sur la relégation libérale de la religion dans la “sphère privée” L’idée que la religion relève de la “sphère privée” des seules consciences individuelles fait partie de la dogmatique du relativisme et de l’agnosticisme “libéral”, qui permet d’aplanir et cherche à neutraliser toutes les croyances dans le même panier, en les déchargeant aussi de toute responsabilité civique et politique dans l’action pour le bien commun de la Cité. Nous ne la partageons aucunement. Le texte publié ci-dessus n’avait pour but que de dénoncer l’erreur de perspective qui nous fait considérer l’islam comme une “religion” où le spirituel et le politique appartiendraient comme dans le christianisme à deux ordres distincts. L’islam est une théocratie totalitaire qui ne laisse aucune place à la liberté dans la relation du croyant (le “soumis”) avec Dieu. Seul le christianisme établit une relation entre la personne humaine et la personne divine, et dit sa foi à la première personne du singulier : Credo, “je” crois. L’idée si fortement chrétienne que l’homme puisse partager une liberté quelconque avec son créateur dans le destin du monde, qu’il doive mobiliser sur terre son intelligence et sa liberté pour servir son prochain et faire retour après cette vie à la Divinité, cette conviction mystique n’a aucun sens aux yeux des croyants de l’Islam, toutes obédiences confondues. Elle constitue même pour eux une impiété considérable, comme insulte à la transcendance et à l’omnipotence d’Allah. Cela dit, le christianisme, qui distingue fortement les responsabilités du pouvoir temporel de celles du pouvoir spirituel, ne sépare aucunement l’un et l’autre au regard des obligations issues du droit naturel, accessibles aux lumières de la raison et seules capables de mobiliser les libertés individuelles en direction du bien commun. Nous y reviendrons dans un prochain dossier de sedcontra.fr. H.K.
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L’idée que la religion d’un homme puisse relever de sa conscience individuelle (1) est une notion que les croyants de l’islam n’ont jamais partagée. Je ne prétends pas avoir raison seul ni encore moins contre tous en établissant donc ici une distinction essentielle au débat : l’Islam majusculaire qui désigne une civilisation historique et englobe une diaspora contemporaine ne saurait être confondu sans risques avec l’islam minusculaire qui approche (sans s’y confondre) de ce que nous désignons en Occident sous le concept de “religion”… Je soutiens seulement, avec plusieurs autres historiens, philosophes et théologiens laïcs, que rien de ce qui se passe aujourd’hui dans cette famille humaine ne peut être approché hors de cette distinction.