Haro sur l’Eglise catholique? Version imprimable Suggérer par mail
CONTRE-DÉSINFORMATION
Haro sur l’Eglise catholique?

C’est une belle tribune libre, signée “Phiconvers”, parue en deux livraisons dans Agoravox les 6 et 15 avril dernier. Elle traduit avec cœur et talent la révolte d’innombrables catholiques face au torrent d’insultes et de mensonges orchestrés depuis des mois contre leur religion. Nous en reproduisons ici avec plaisir pour nos propres lecteurs les principaux extraits.



Incroyable déchaînement que celui subi par l’Eglise en Occident, et en particulier en France depuis le début de cette année 2009. De l’anticléricalisme traditionnel de notre pays, largement essoufflé par la déchristianisation rapide qui a caractérisé ces 50 dernières années, nous sommes passés à une haine aussi violente qu’elle est irrationnelle et ignorante.

Je respecte leur irreligion, qu’ils respectent ma religion !

Le paradoxe, par rapport à la naissance douloureuse de la laïcité il y a un peu plus d’un siècle, est que l’Eglise n’est aujourd’hui plus une référence majoritaire dans la société française, qui est probablement la plus sécularisée d’Europe. On pourrait imaginer que la majorité de non croyants ou de non pratiquants fasse usage de sa liberté et se contente, vis-à-vis du discours de l’Eglise, d’une indifférence polie ou d’une vague curiosité. Après tout, si la majorité des Français ne se reconnaît pas dans l’Eglise, que lui importent ses préceptes, ses dogmes, ses prises de position, son droit canon ? La laïcité n’est-elle pas présumée permettre la liberté religieuse et apaiser les rapports entre l’Etat, la nation et les religions, dans le respect de lois communes ? Je suis donc très étonné par la vindicte anti-catholique de mes frères agnostiques ou athées. Je respecte leur irreligion, qu’ils respectent ma religion ! Dans cette société qui prétend promouvoir la tolérance et défendre les particularismes, seul le catholicisme serait-il insupportable ?

L’Eglise n’est pas une ONG, mais l’institution fondatrice de l’Europe et de notre civilisation

Il y a, au départ de cette incompréhension croissante et violente vis-à-vis de l’Eglise, une erreur de jugement sur sa nature, dont les catholiques sont un peu responsables depuis cinquante ans. L’Eglise a en effet été largement perçue comme une espèce de grande ONG, dédiée principalement aux œuvres humanitaires sur fond d’un message dilué d’amour un peu benêt. Or, l’Eglise est avant tout une institution hiérarchique, fondée il y a un peu moins de 2000 ans par un personnage bien réel, Jésus, que les catholiques considèrent comme le fils incarné de Dieu. “Tu es Pierre et, sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise.” La mission de cette institution est de transmettre le message du Christ et d’expliquer la nouvelle alliance qu’il est venu offrir au monde. L’Eglise s’inscrit dans la continuité de l’Ancien Testament, l’histoire du peuple juif, mais repose sur la rupture fondamentale qui universalise l’alliance. C’est ce “changement de portage” qui lui vaut son nom de catholique (= universel). Voici quelle est la “raison sociale” de l’Eglise.

Tout le reste, les milliers de dispensaires, les écoles répandues à travers le monde, les maisons de retraite, les distributions d’aide alimentaire, c’est un effet du message de Jésus Christ et un témoignage de son message au monde.

En France et dans le reste de l’Europe, l’Eglise a assumé la mission historique de transformer la fin de l’empire romain sous les assauts barbares en nouveau départ. L’Eglise a façonné l’Europe, ses moines développant l’agriculture et ouvrant les territoires au peuplement, ses prêtres et ses chanoines transmettant le savoir, ses fidèles finançant l’architecture et les arts. Elle a donc une légitimité particulière, malgré les quelques décennies de laïcité, pour rappeler les fondements de la civilisation.

C’est au regard de tout ce qui précède qu’il convient, me semble-t-il, d’apprécier les trois “Affaires” dont la presse s’est repue depuis janvier. Cela permet d’une part de replacer les choses dans leur contexte et, d’autre part, d’en relativiser la portée alors que quelques journalistes enflammés parlent de grand soir de l’Eglise.

Méditation sur l’actualité du drame de la mort de Jésus

La Semaine Sainte et sa conclusion avec la principale fête des Chrétiens, Pâques, sont derrière nous. Dans la somptuosité des grandes cathédrales, dans la modestie des petites églises de village qui ont encore la chance voir passer de temps à autre un officiant, dans la misère des camps où se réfugient, en 2009, des milliers de chrétiens en terre hostile, dans les cachettes chinoises, sous les menaces islamistes en Egypte et dans une grande partie du monde arabe, les catholiques ont réentendu le récit tragique de la mise à mort de Jésus et du mystère de sa résurrection. (…)

Je suis frappé, d’année en année, de la terrible actualité du drame de la mort de Jésus. Cette foule manipulée qui crie haro sur Jésus et réclame sa mort au lâche dirigeant romain Ponce Pilate, sommé d’accorder sa grâce annuelle à un bandit plutôt qu’à cet empêcheur de penser en rond qu’était Jésus, c’est la même qui déverse sa haine et son inculture sur internet en insultant tout autant l’intelligence, le bon goût, la culture que les milliers de catholiques qui font confiance à Benoît XVI pour conduire la barque de l’Eglise pendant ces drôles d’années que nous vivons. Ces clercs qui, autour de Caïphe, déchirent leurs vêtements en écoutant Jésus qui leur expose doucement son message, ce sont les “intellectuels” et les politiques infichus de gérer les affaires de la Cité mais soucieux du très saint conformisme, ce petit confort qui sied aux médiocres. Saint Pierre, qui nie connaître Jésus de peur d’être associé à son martyr, c’est nous tous avec notre vilaine graisse de lâcheté. Judas qui se pend, c’est la victoire du nihilisme et l’illustration de l’impasse d’une vie sans espérance.

Venons-en donc à ce que la grande presse aura retenu du souffle de l’Eglise, vécu intensément par des millions de Chrétiens :

1. – La levée des excommunications frappant les quatre évêques consacrés par Mgr Lefebvre en 1988 pour perpétuer la fraternité Saint-Pie X

L’excommunication, châtiment jugé anachronique et dérisoire dans l’affaire de la pauvre fillette brésilienne, est jugée ici comme un sanction définitive, juste et belle… Sa levée pour quatre hommes devient une affaire internationale, commentée par des centaines de petits messieurs qui n’ont aucune idée de ce qu’est le droit canonique, qui ne reconnaissent pas la communion, qui se moquent de l’autorité du pape comme de leur premier slip et qui, accessoirement, ignorent à peu près tout de l’histoire de Mgr Lefebvre, archevêque de Dakar, figure du concile de Vatican II et fondateur d’un courant minoritaire mais symptomatique de l’histoire contemporaine de l’Eglise (…).

L’unité de l’Eglise est la mission principale du pape. Cette unité ne peut se faire que sur la vérité et le respect de la primauté de l’évêque de Rome (…). Il faut donc être bien ignorant et hermétique au message du Christ pour ne voir dans ce premier pas que Benoît XVI a fait pour réintégrer progressivement les 500 prêtres et 150.000 fidèles de la fraternité Saint-Pie X qu’un virage “à droite” du Vatican. Une bonne fois pour toutes, considérons que l’Eglise n’est ni à droite, ni à gauche. Elle est au centre de la nouvelle Alliance que Jésus est venu proposer au monde. L’offense faite aux Juifs par Mgr Williamson, l’un des quatre évêques schismatiques, est aussi grave qu’elle n’a rien à voir avec la décision du pape. (…)

2. – L’excommunication de la grand-mère des petits jumeaux avortés au Brésil et de ses acolytes médicaux

L’une des choses très frappantes de cette tragédie est que personne ne s’est interrogé sur la responsabilité de cette femme qui a laissé son compagnon abuser de la fille de son premier ou précédent lit. J’ai du mal à penser qu’une mère peut ignorer que son partenaire la trompe avec sa fille de neuf ans. Je crois plutôt à la terrible lâcheté d’une femme qui, pour retenir son bonhomme, ferme les yeux sur l’horreur. (…) Les adultes, malheureusement, manipulent des cas particuliers pour servir leurs desseins et le Brésil de Lula, comme la France de Giscard, connait de fortes pressions pour la légalisation de l’avortement, au prix de la vérité.

3. – Les propos du pape dans l’avion le menant en Afrique

La remise en cause du tout-latex a pâmé d’horreur tous les magnifiques héros du Sidaction et, à titre expiatoire, tous nos plus éminents journalistes ont fait repentance par procuration pour ce terrible blasphème. Non contente de tronquer sans vergogne les propos du pape, la doxa médiatique me semble pêcher par un lamentable culturalisme qui, schématiquement, veut que les Africains ne soient pas capables d’intégrer un message un peu élaboré qui ne limite pas leur réaction face à l’épidémie du SIDA à de simples geste mécaniques. Et les pincipaux intéressés, en Afrique, ne s’y trompent pas. Au-delà des fondements scientifiques de la contestation de l’efficacité des parachutages de capotes en Afrique, le pape et l’Eglise n’ont aucune leçon à recevoir de qui que ce soit en matière d’assistance aux victimes du SIDA. La majorité des dispensaires et des organisations qui gèrent l’épidémie au quotidien, en Afrique, sont catholiques.

Voilà ma réaction de catholique plus attristé qu’indigné face au déchaînement de haine qui touche aujourd’hui ma religion. Merci de vous abstenir des poncifs habituels sur l’Eglise (le moyen-âge obscurantiste et l’inquisition, le pauvre Galilée, la Saint-Barthélémy, les curés pédophiles). D’avance, je reconnais les erreurs des hommes d’Eglise mais j’invite chacun à se documenter tranquillement sur chaque sujet pour éviter la caricature ou l’imposture historique.

Je ne me fais guère de souci pour le pape, qui suivra son chemin et sa mission quoi qu’il en soit. Je me fais plus de mauvais sang pour les individus de la meute hurlante, qui s’infligent en agressant l’Eglise, des blessures à leur propre humanité.
©“Phiconvers”/ www.agoravox.fr

 

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