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Islam
Pourquoi l'Islam entier
est fondamentaliste
La civilisation occidentale s’est développée à travers les siècles en cherchant sans cesse à se “dépasser”. Pour l’Islam, c’est l’inverse : il s’est caractérisé, constamment et partout, par le souci de reconstruire le présent à l’identique du passé. Alors que, dans nos pays, les “restaurations” furent rares et méritèrent rarement ce nom, l’histoire de l’Islam est celle d’une restauration permanente. Elle est “involutive” et “fondamentaliste” par définition. Pendant les siècles où l’Islam est maître de son destin, les rébellions politiques, les revendications dynastiques, les constructions intellectuelles, religieuses ou juridiques se font toutes au nom du retour aux origines. Toutes prônent le respect des règles et des comportements attribués au Prophète et à ses premiers compagnons. Fait révélateur ! A présent, l’Islam a retrouvé sa pleine autonomie vis-à-vis d’un Occident aux valeurs en perte d’attraction. Et en moins de trente ans, le courant “réactionnaire” que nous nommons “islamiste” a déferlé partout où se trouvent des musulmans. Il a réduit les “modernistes” à des positions défensives de plus en plus précaires. L’involution est une caractéristique permanente de l’islam. Disons même : une donnée génétique. Rien ne permet de prévoir qu’elle puisse perdre de sa force à l’avenir. Tous les ferments du conservatisme sont dans le CoranL’islam est involutif dès le premier siècle de son histoire, le VIIème de notre ère […] Le Coran édicte des règles qui relèvent de différentes catégories de notre droit, mais également de la morale ou du domaine privé. […] A la mort du Prophète, les textes révélés seront recueillis et mis bout à bout par ordre de grandeur. Ce classement donne au Coran un aspect “fourre-tout” qui surprend souvent les lecteurs occidentaux. Surtout, il va accentuer l’absolutisme des prescriptions. Toutes sont placées sous le sceau du divin, qu’il s’agisse d’un rituel comme l’obligation du jeûne, du statut de la femme, du droit de l’héritage ou de la manière de se comporter entre époux. Ajoutons que peu de temps après sera énoncé le dogme du Coran incréé, éternel comme Dieu – et contester ce dogme sera assimilé à l’apostasie, punie de mort. Le Coran contient donc tous les ferments du conservatisme : il édicte des lois d’origine divine, non révisables, valables pour tous les hommes et relatives à tous les domaines. Ce conservatisme va bientôt prendre une ampleur immense. […] Le couple Mahomet-Coran a institué le principe d’une “civilisation-religion-régime politique” fondée(s) sur des lois totalitaires. Les actions humaines sont classées en cinq catégories, allant de l’obligatoire à l’interdit. Et éventuellement, des sanctions sont prévues. Les conquérants maintiennent ce système qui atteindra, avec leurs successeurs, des dimensions sans équivalent dans l’histoire. Les Arabes, qui dominent politiquement la communauté musulmane, cherchent à savoir, par exemple, si telle ou telle coutume étrangère peut être admise en terre d’Islam. […] La sunna fonde le droit sur le précédent. Autrement dit : une chose est licite ou condamnable parce qu’elle a été jugée telle auparavant. […] L’innovation peut être punie... de mortBâtie sur ces deux piliers, la Loi, la sharîa (étymologiquement: le chemin qui mène à l’abreuvoir) va se ramifier sans cesse, jusqu’à des degrés de minutie stupéfiants pour un observateur extérieur. […] Un totalitarisme juridique et religieux est en place. Au Xème siècle, la sharîa est à son tour déclarée complète. Seul son commentaire est autorisé et uniquement dans le cadre de quatre écoles juridiques (ou religieuses, selon nos mots). Le plus grand “péché” est l’innovation (bid‘a). Dans les cas graves, elle est assimilable à l’apostasie, la renonciation à l’islam. Comme telle, elle est punie de mort. […] Pour les Babyloniens, “l’univers demeure identique”. Pour les Arabes aussi. Serait-ce parce que les langues sémitiques partagent des concepts très particuliers de temps et de durée ? Le temps, depuis Mahomet, est un en-cours inachevé. Les Conquêtes du VIIème siècle, les croisades, la colonisation et la décolonisation ne sont pas à inscrire dans un passé historique : elles sont toujours dans notre actualité. […] C’est à la lumière de ces faits historiques qu’il faut regarder le phénomène que nous nommons “islamisme”. Ce mouvement de revendication, de récupération de l’identité musulmane, ne pouvait être que réactionnaire. Un islam non réactionnaire n’existe pas, n’a jamais existé et ne pourra sans doute jamais exister. Sauf, peut-être, s’il est imposé par la force, comme l’a fait Atatürk. Mais dans ce cas précis, peut-on encore parler d’islam ? Et combien de temps durera l’innovation ? La fierté d’appartenance, moteur de l’islamismeUn peu d’histoire peut nous aider à ne pas utiliser inconsidérément certains mots. Ne qualifions pas les seuls “islamistes” de fondamentalistes. Tous les musulmans le sont. Le fondamentalisme est le moteur, la dynamique même de l’islam. Et il est bien différent du fondamentalisme chrétien. Il est commun à toutes les tendances de l’islam car il est inscrit dans le dogme et dans l’histoire de manière continue. C’est un fondamentalisme non d’inspiration, comme chez les chrétiens, mais d’imitation. Il touche tous les domaines de l’existence humaine : il est totalitaire. A partir de là, nous pouvons mieux comprendre l’immense capacité de recrutement des groupes islamistes, qu’il s’agisse d’Al-Qaida, des Frères musulmans, des islamistes dits modérés de Turquie... Ils éveillent des échos de familiarité chez certaines populations : celles dont les traditions ont été malmenées par des idées et des modes de vie étrangers. Celles qui n’ont plus envie de se conformer à des modèles venus de l’extérieur. L’islamisme apporte autre chose à ces populations humiliées par leurs défaites guerrières et leur misère économique. Quelque chose que nos économistes ne prennent pas en compte, mais qui est un formidable moteur d’action. En en se référant aux périodes glorieuses de Mahomet, de la Conquête et des Siècles d’or, l’islamisme donne à un milliard deux cents millions de Musulmans la fierté d’appartenance. Sommes-nous prêts à prendre en compte ces deux faits pour redéfinir nos politiques vis-à-vis, non seulement de l’islamisme, mais aussi de tous les pays musulmans et de leurs diasporas ? René Marchand / Sedcontra.fr
©René Marchand/Sedcontra, 2008 Pour lire le texte complet de cet article: |
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