Quand l'ETA était chez elle en France… Version imprimable Suggérer par mail
 

Scoop Sed Contra
Quand l'ETA était chez elle en France...
et même en Amérique Latine.

L’arrestation en France du chef politique et militaire de l’ETA (Francisco Javier Lopez Pena), avec trois de ses lieutenants, est salué à juste titre comme un signe fort de la coopération entre la France et l’Espagne dans la lutte contre le terrorisme.

Un petit flash-back, trente ans en arrière, permettra au chercheur de sens de mesurer l’importance du chemin parcouru… Dans les années soixante-dix, la France du Président Giscard d’Estaing ne livrait pas à la police du général Franco les terroristes basques capturés sur le “sanctuaire français” de l’organisation. Mieux : elle ne se mêlait pas de les interroger ni de les juger sur notre propre sol, allant jusqu’à leur offrir un billet d’avion en première classe Paris-La Havane pour qu’ils aillent chercher refuge (dans leur langue maternelle) sur l’île paradisiaque du Commandant Castro !

Une preuve, concrète, circonstanciée ? L’assassinat de l’archevêque du Salvador, en mars 1980, par trois professionnels de la mort issus de l’ETA. C’est le scoop sedcontra de la semaine. N’en ratez pas la primeur, ni l’exclusivité.

 

T
out le monde s’en souvient, et l’Eglise en commémore aujourd’hui le sacrifice sanglant sans vouloir s’interroger sur ses véritables raisons : le Bienheureux Arnulfo Oscar Romero, “martyr des droits de l’homme”, celui que Jean-Paul II voulait canoniser avant de rendre son âme à Dieu, avait été mis à mort en pleine messe à San Salvador le 24 mars 1980. Ce que nous savons moins, parce qu’aucun journaliste en Europe n’a pu ou voulu répercuter cette information, c’est que l’action se passe au Salvador quelques heures avant que l’archevêque ne s’apprête à dénoncer sur les ondes nationales les crimes perpétrés dans les cryptes de sa propre cathédrale, transformées en “prisons du peuple” et en centres de tortures ou d’assassinats par le FMLN (Frente Farabundo Marti de Liberacion Nacional), bras armé de Moscou en Amérique centrale !

Mentez, mentez, il en sortira toujours une “idée toute faite” utile à la Révolution

Ce n’était pas une nouveauté : depuis le début des années soixante, le clergé latino-américain, régulier et séculier, de Mexico à Buenos-Aires, avait fourni des hommes et des caches à la Révolution. Mais la violence n’entrait pas dans les vues de l’archevêque du Salvador, démocrate convaincu, qui avait des amis au sein de l’Opus Dei proche du pouvoir comme dans les milieux de gauche, et qui entendait seulement accorder un droit d’asile aux opposants menacés de mort sans jugement par les polices secrètes du gouvernement...

Amnesty International décréta aussitôt les “Escadrons de la Mort” du Major d’Aubuisson seuls capables, et par suite seuls coupables, de l’exécution de Mgr Oscar Romero. La presse et toutes les ONG européennes emboîtaient le pas... Que “l’extrême-droite” salvadorienne ait voulu assassiner un prélat classé à gauche mais à l’époque en très grosse colère contre les commandos terroristes de l’axe Moscou-La Havane-Managua ne leur semblait point étonnant...

 

L’enquête d’un fin limier costaricien

Le patron des forces de police du Costa Rica, qui venait d’arrêter et de faire parler quatre professionnels des “contrats spéciaux” sur son terrain de chasse, émettait pour sa part un avis différent : un avis qui n’avait pas retenu l’attention des envoyés spéciaux d’Amnesty International, du Monde ni de l’AFP. Il m’avait permis de remonter (sur plusieurs voyages d’enquête) une piste moins déclamatoire mais solidement étayée : Oscar Romero, le défenseur des “droits de l’homme” qui ne voulait plus de tortures ni de meurtres dans sa cathédrale, avait péri sous les balles d’un commando de l’ETA!

Oui, vous lisez bien : un commando composé de trois hommes et d’une femme, interceptés un an auparavant (en 1979) par la DST dans le sanctuaire français de l’organisation, et refusés au gouvernement espagnol qui réclamait leur extradition... Par anti-franquisme attardé, libéralisme avancé, embrouille diplomatique, sans doute, et non dans l’intention explicite de servir les projets de Brejnev ou Castro en Amérique centrale... Il reste qu’on avait expédié ces quatre militants en douce, via Cuba, dans le circuit des bases arrières du terrorisme latino-américain. La femme était déguisée en religieuse dominicaine avec bréviaire et chapelet – comme on en trouve encore en Amérique latine – et voyageait sous le pseudonyme de “Dominica”. Sa tenue trop parfaite et son regard de braise avaient attiré l’attention des policiers du Costa Rica, peu après l’assassinat de Mgr Romero... Les noms, les dates, le calibre des balles du fusil à lunette utilisé pour foudroyer l’archevêque à l’autel, en pleine consécration, tout concordait !

 

Le témoignage du commandant Lobo

En France, le secrétariat général de la Présidence, la Justice, l’Intérieur, les RG avaient donc donné leur aval ou prêté directement main-forte à l’opération. A des degrés divers – qui ne changent rien bien sûr à la sainteté du sacrifice de l’archevêque – ces chrétiens sociologiques du pouvoir de Métropole étaient tous moralement complices de son exécution.

L’ex-commandant Lobo, fondateur du FMLN au Salvador, finira d’ailleurs tranquillement par avouer le 4 février 1984, dans les colonnes du Diario de Hoy (le Figaro du Costa Rica), avoir assisté lui-même à plusieurs réunions du mouvement, en présence de Cayetano Carpio, Melida Anaya et Joaquin Villalobos, responsables militaires de l’organisation : des réunions où il avait dû s’opposer avec force au projet d’assassinat de l’archevêque du Salvador, plusieurs fois évoqué devant lui, avant d’être confié aux mercenaires locaux de l’ETA : les terroristes natifs du Salvador sont catholiques aussi, comme dans toute l’Amérique latine, on n’avait pas trouvé un seul ressortissant national pour exécuter la mission !

Jean de Falaise

 

Pour en savoir plus :  Abonnez-vous et reportez-vous aux fonds éditoriaux de sedcontra.fr

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

< Précédent