"Merci à Dieu et aux soldats de ma patrie !" Version imprimable Suggérer par mail
Ingrid Bétancourt en prièreInternational
“Merci à Dieu
et aux soldats de ma patrie !”

On a fini par remarquer en France que le premier geste public d’Ingrid Bétancourt enfin libre, à sa descente d’avion, aura été de se signer et de s’agenouiller longuement sur le tarmac de l’aéroport de Bogota, avec sa mère, pour réciter le chapelet et remercier le Seigneur de sa libération.

“Merci à Dieu et à la Vierge… Oui, ce moment dont j’ai tant rêvé, j’en rends grâces d’abord à Dieu et à la Très Sainte Vierge, que j’ai vraiment beaucoup priés pour ma libération… J’en rends grâces ensuite à vous tous, ici présents, parce que vous avez si longtemps prié pour moi et les autres prisonniers, comme je priais moi-même ce matin pour qu’une libération au moins soit possible aujourd’hui… Vous avez éprouvé de la compassion pour notre sort, vous nous avez mis dans votre cœur et vous avez refusé d’admettre que la seule solution consistait à attendre que les FARC veuillent bien nous libérer… J’en rends grâces enfin à l’armée, aux chers soldats de ma patrie colombienne, qui ont monté et réussi une opération militaire parfaite, exemplaire, sans aucun précédent historique dans l’histoire de notre continent… Dieu a fait ce miracle. Il nous a donné aujourd’hui ce miracle que j’entends partager avec vous tous, qui avez souffert aux côtés de ma familles et de mes enfants. Puisse cet instant de bonheur partagé ne jamais nous faire oublier qu’il s’agit vraiment d’un miracle, et que d’autres sont morts dans la nuit.”

Ingrid à genoux, comme on le voit ici sur notre photo, serrait un gros chapelet entre ses deux mains jointes et fermait les yeux.

Ces paroles, retranscrites par nos soins d’après un reportage de la télévision colombienne, sont essentielles pour comprendre les déclarations et les gestes qu'Ingrid Bétancourt multiplie depuis sa libération, placés sous le signe des vertus théologales de foi, d'espérance et de charité. Cette photo, regardez-la bien. Elle vous dit qu’Ingrid Betancourt, comme 95% des Colombiens, guérilleros de base inclus, reste une fidèle de l’Eglise catholique avant d’être une célébrité que s’arrachent les médias. Elle vous dit aussi combien la Colombie est fière d’avoir libéré Ingrid sans causer la mort d’un seul homme, ni donner le moindre gage territorial, politique ou financier aux chefs des assassins.

Hugues Kéraly


Ingrid Betancourt se dit "transformée" par la prière

Dimanche 6 juillet au soir, à l’issue de la messe de 22 heures au Sacré-Cœur de Montmartre, à Paris, l’hebdomadaire Pèlerin a longuement rencontré Ingrid Betancourt, l’ex-otage des Farc libérée mercredi dernier en Colombie.

« La dernière fois que j’ai vu mon père, à la veille de mon enlèvement, nous étions assis dans sa chambre, sous une image du Sacré-Cœur », se souvient-elle, racontant comment elle a ensuite, en écoutant Radio Catholica Mundial, découvert la spiritualité du Sacré-Cœur.
« Je me souviens d’une bénédiction en particulier, celle de Jésus promettant de toucher les cœurs durs qui nous font souffrir, confie-t-elle aux journalistes de Pèlerin. Alors, j’ai fait cette prière : “Mon Jésus, je ne t’ai jamais rien demandé parce que tu es tellement grand que j’ai honte de te solliciter. Mais là, je vais te demander quelque chose de très concret. Je ne sais pas ce que cela signifie exactement “se consacrer au Sacré-Cœur”, mais si tu m’annonces, au cours du mois de juin qui est ton mois, la date à laquelle je vais être libérée, je serai toute à toi.” »
Or, le 27 juin, le commandant du camp ordonnait aux prisonniers de préparer leurs affaires car l’un d’entre eux allait être libéré. « Ma libération s’est déroulée de manière très différente, reconnaît-elle, mais le fait est que Jésus a tenu parole : je vis un miracle. »

"Soit on se laisse enlaidir... Soit on choisit l’autre chemin"
Longuement, l’ancienne otage raconte son parcours de foi. « Si je n’avais pas eu le Seigneur à mes côtés, je ne pense pas que j’aurais réussi à grandir dans la douleur, explique-t-elle. Être otage vous place dans une situation de constante humiliation. Vous êtes victime de l’arbitraire complet, vous connaissez le plus vil de l’âme humaine. Face à cela, il y a deux chemins. Soit on se laisse enlaidir, on devient hargneux, vindicatif, on laisse son cœur se remplir de rancune. Soit on choisit l’autre chemin, celui que Jésus nous a montré. Il nous demande : “Bénis ton ennemi.” »
Un chemin qu’elle reconnaît « difficile ». « Pourtant, dès que je faisais l’exercice de prononcer “Bénis ton ennemi” – alors que j’avais envie de dire tout le contraire –, c’était magique, il y avait comme une espèce de… soulagement. » Et Ingrid Betancourt, qui dit avoir vécu « un dialogue constant avec Dieu, à travers l’Évangile », de conclure : « Je sens qu’il y a eu une transformation en moi. »
Bien sûr, elle reconnaît avoir eu des moments de doute. « La première année, c’est vrai, j’étais en lutte contre Dieu. Je lui en voulais terriblement de la mort de mon père, se souvient-elle. Et puis j’ai compris qu’il fallait le remercier, car jamais papa n’aurait pu supporter ces six années d’horreur. Alors, oui, je peux dire que ma foi a grandi. » C’est ainsi qu’elle a pu approfondir son regard sur Marie : « Papa avait une grande dévotion pour la Vierge, alors que moi, je dois dire qu’à l’époque, je trouvais Marie un petit peu… bébête. »
Mais elle a ensuite découvert « une Marie forte, une Marie intelligente, une Marie qui a de l’humour ». Une Marie, aussi, mère comme elle : « Je pensais à sa souffrance de mère, et je lui demandais sans cesse : “Marie, s’il te plaît, occupe-toi de maman et de mes enfants.” (…) Et en disant cela, je sentais qu’elle m’écoutait. Et je m’apaisais. »

"Par des actes, faire que les gens soient touchés"
Si elle a pu tenter de partager cette foi avec d’autres prisonniers, l’ancienne otage dit « avoir renoncé à leur parler de l’Évangile, sans doute parce que je ne savais pas le faire ». « Mais je continuais à prier tous les jours, précise-t-elle. Et ce qui est extraordinaire, c’est que plusieurs de mes compagnons m’ont dit plus tard qu’ils avaient retrouvé la foi grâce à moi. » Comme son ancien compagnon de captivité John Pinchao.
« Parler de Dieu, c’est très compliqué,
conclut Ingrid Betancourt. Mais on peut, par l’exemple, par des actes, faire que les gens soient touchés. » C’est aussi pour cela qu’elle répond aujourd’hui aux nombreuses sollicitations qui se présentent à elle – elle sera ainsi cet après-midi au Sénat et pourrait se rendre demain à l’Assemblée nationale. « Je me sens tellement redevable, explique-t-elle encore. Je dois tellement à l’amour de tous d’être ici, que je n’arrive pas à dire non. »

La très émouvante video de la prière d'Ingrid Bétancourt est disponible sur ce lien.

 

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