L'Union pour la Méditerranée, coquille vide ? Version imprimable Suggérer par mail

Le projet de Nicolas Sarkozy a provoqué la fureur de l'Allemagne et de nombreuses réticences chez nos voisins européens. A présent, c'est la Libye qui dénonce “un affront” pur et simple aux pays de la rive Sud. Les uns et les autres pourraient bien tuer dans l’œuf “l’Union pour la Méditerranée”.

Le rêve est né dans la tête d’Henri Guaino et, depuis, Nicolas Sarkozy n'en démord pas : il faut créer une “Union pour la Méditerranée”. La région est l'une des rares au monde à ne pas disposer d'une structure de coopération économique : les Amériques ont l'Alena et le Mercosur, l'Europe a l'Union, l'Asie l'Asean et l'Apec, l'ex-URSS la CEI, l'Afrique la Cedeao... Le Processus de Barcelone, qui devait mettre un terme à cette carence, s'est enlisé. Notre Président a donc donné rendez-vous le 13 juillet aux dirigeants des pays riverains de la Méditerranée... car “il n'y aura pas de sitôt un de ces moments rares qui déterminent l'avenir pour longtemps”.

Sed contra : les pays concernés n'envisagent pas du tout l’avenir de la même façon. La France, l'Italie et l'Espagne espèrent freiner l'immigration illégale en aidant les pays de l'autre rive à créer des richesses sur leurs ressources propres. Elles font aussi le pari que les coopérations engagées pacifieront la région. On pourrait retourner leur postulat : toute collaboration paraît impossible dans un espace où sévissent le conflit israélo-palestinien, la crise libanaise et une légion de différends territoriaux. Quel projet de développement pourra-t-on soutenir, dans des pays où les islamistes, allergiques au dialogue avec les “mécréants”, peuvent prendre le pouvoir d'un jour à l'autre?

L'Allemagne et les pays non riverains de la Méditerranée, pour leur part, ont imposé d'être associés au projet surtout parce qu'ils craignaient que l'Union européenne ne soit concurrencée par une autre organisation. Voilà donc une vingtaine d'Etats qu'il faudra consulter, avec toute la bureaucratie que cela implique... alors que leur intérêt pour la nouvelle entité est réduit au strit minimum ! L'Union pour la Méditerranée réunira en tout 39 pays. Les difficultés de l'Europe des 27 donnent la mesure des défis qui s’y présentent déjà.

Les pays de la rive Sud attendent la becquée

Quant aux dirigeants des pays de la rive Sud, peut-on vraiment imaginer que leur principale préoccupation soit de dépolluer la Méditerranée ou de favoriser les échanges culturels ? Ne nous leurrons pas. Qu'il s'agisse de Bachar el-Assad en Syrie, d'Hosni Moubarak en Egypte ou de Mouammar Kadhafi en Libye, tous caressent un unique dessein : transformer leurs régimes “républicains” en monarchies héréditaires. Les dirigeants tunisien et algérien ne sont pas en reste : l'un comme l'autre travaillent à s'offrir une présidence à perpétuité. Pas question pour eux de polluer l’esprit de leurs citoyens par un vent de liberté ou de modernité venu de l'autre rive. Leur pérennité pourrait en être fragilisée.

L'Union pour la Méditerranée ne sera donc qu'économique. Il ne s'agirait pas de subir des pressions sur la question des “droits de l'homme” ou, pire, sur la reconnaissance d'Israël. La semaine dernière, les pays arabes qui participaient au Forum des pays de la Méditerranée ont d'ailleurs demandé des “clarifications sur les conséquences” de l'entrée d'Israël dans l'UPM.

Au fond, la plupart des pays de la rive Sud communient sans le dire au vieux réflexe néo-colonial : ils espèrent que l'Europe va leur donner la becquée, sans bouleverser cependant leurs régimes autocratiques et leurs relations diplomatiques avec les pays qui financent Al Quaeda. Le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi n'est pas aussi confiant. Il y a quelques jours encore, il répétait qu'il préférait rester entre dictateurs de bonne compagnie : “Nous n'appartenons pas à Bruxelles. Notre Ligue arabe est située au Caire et notre Union africaine à Addis-Abeba. S'ils veulent coopérer, il faut qu'ils passent par le Caire et Addis-Abeba.”

Passer par la Ligue arabe, ce serait aussi intégrer les Etats du Golfe. Un autre point faible de l'Union pour la Méditerranée : qui, au Sud, va financer cette structure si les Etats pétroliers n'en font pas partie ? Curieusement, la question du financement a jusqu'ici été totalement éludée. Elle constitue pourtant la clef de la réussite.

©Albane Franc/Sedcontra, juin 2008

 

Commentaires  

 
#1 Franck 23-02-2011 10:04
C'est maintenant que l'UpM se doit d'être présente au sud de la méditerannée et donner espoir à toute une population qui n'a jamais été prise en compte....
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