Faîtes-vous entendre ! Version imprimable Suggérer par mail

Principe N°1 : PENSER, DANS SA TÊTE, À CE QUI DÉPEND DE SOI… Pas si simple ! Tout le système de sur-information contemporaine, en consommation électronique et multimédia, nous incite au contraire : mobiliser notre attention, à travers le massage “permanent” du discours et de la pensée des autres, sur ce qui ne dépend pas de nous… La prise de parole en public demande de restaurer la dignité individuelle de l’échange direct, entre hommes vivants, solidaires, pensants et communicants.

La tentation du hors-sujet (voire du “non-sujet”) est cause de 99% des échecs sociaux ou professionnels en matière de communication. A l’inverse, l’analyse approfondie du sujet reste le facteur-clé de 99% des réussites… Pour prendre efficacement la parole, il faut donc que je me donne un sujet, que je le dise aux autres et que je m’y tienne fermement. “Dîtes-leur ce que vous allez dire ; dîtes-le ; dîtes-leur ce que vous avez dit.” Ce qui paraît ici une lapalissade reste la clé de voûte d’une intervention réussie : personne ne prêtera attention à la qualité de votre expertise, de votre style ou de votre vocabulaire si vous n’avez pas ou n’exprimez pas de sujet personnel d’intervention. Il dépend de vous seul de le définir, en fonction d’un objectif précis, pour renforcer vos chances de succès dans ce qui reste d’abord perçu par votre ou vos interlocuteurs (à tout le moins) comme une désagréable et dérangeante agression.

Si le sujet relève d’un objectif de démonstration précis, votre réussite à l’oral reste suspendue à l’adéquation des moyens. – Parler ne consiste pas à établir une relation purement rationnelle entre de purs esprits. Prendre la parole, c’est tenter de déclencher une attention, de répondre à une attente, d’obtenir une adhésion. Le respect des règles élémentaires qui permettent de parvenir à ce résultat passe d’abord par la psychologie des autres et celle qu’on s’applique à soi-même sous le nom d’introspection…

Se faire “tout à tous” reste ici une exigence-clé, comme le démontre la stratégie de séduction du bon commercial ou le discours de saint Paul à l’Acropole sur le “Dieu inconnu” des Athéniens : “Vous êtes si parfaitement religieux, mes amis, que vous avez même pensé à réserver une place au Dieu qui aurait pu être oublié dans votre religion !”

Il dépend bien de nous de savoir ce que nous allons dire, mais seule notre attention à l’autre peut inspirer la manière d’y parvenir avec efficacité.

L’inattention au public vient donc presque à égalité de nuisance avec le hors-sujet ou le non-sujet dans l’échec des prises de paroles et des communications. C’est la qualité de l’observation préalable qui fait la bonne intervention, et la vertu d’écoute qui fait le bon orateur, parce qu’elles lui livrent les secrets de ce qui va mobiliser l’attention et l’émotion de l’autre pendant l’exposé :

◆ A quel type d’auditoire dois-je m’adresser aujourd’hui ?

◆ Qu’est-ce qui pourrait le faire réagir, sourire, se mobiliser, s’enthousiasmer ?

◆ Comment lui faire passer mon message pour qu’il se l’approprie ?

Ici encore, je reste le seul maître de l’efficacité de ma préparation à l’oral, qui ne saurait se dérouler en vase clos. L’écoute de l’environnement reste la première et la plus importante des techniques de communication.

Le seul sujet où je puisse me montrer convaincant réside au-dedans de moi. – Le plus célèbre des “coacheurs” en global training de communication orale, Dale Carnegie, a bâti l’essentiel de sa pédagogie sur ce paradoxe apparent : “Chacun d’entre nous ne s’intéresse fortement qu’à lui-même… Pourtant, je n’obtiendrai l’attention de l’autre qu’en lui parlant de moi.” Autrement dit : de ce que j’ai vécu et appris personnellement sur le sujet de mon intervention. Vous êtes n’êtes jamais aussi crédible que lorsque vous dévoilez vos propres passions. Vous livrez un trésor, pas une démonstration. Le contraire de la langue de bois.

Ne cherchez pas d’abord à démontrer : illustrez, racontez des histoires simples et personnelles, avec des hommes et des femmes, des noms et des prénoms, une époque, une culture, des lieux, des dates, des couleurs, des sentiments… La frénésie de surprendre, de “faire original” ou de “se montrer savant” à tout prix reste un écueil d’inspiration mondaine compréhensible et fréquent. Mais elle empêche de raconter de façon simple et crédible ce qu’on a vécu. Les plus gros tirages mondiaux de toute l’histoire du livre, depuis Gutenberg, ont imprimé des histoires courtes qui se sont transmises d’abord oralement. Beaucoup d’entre elles ont changé la face du monde (Paraboles de l’Evangile) ou restent des best-sellers internationaux (Contes de Perrault). – Quel que soit son sujet, son public, son objectif, la meilleure intervention possible est celle qui commence par dire : “Il était une fois…”

La quête de “simplification personnelle” est la clé psychologique principale de toute communication efficace en direction du prochain. Donc :

◆ ne changez pas votre look ni votre éventuel uniforme ;

◆ ne maquillez pas votre culture, vos différences et votre identité ;

◆ ne dévaluez pas votre vocabulaire, sa saveur, ses spécificités ;

◆ ne cachez surtout rien de vos convictions si vous voulez en transmettre quelque chose au prochain.

C’est sur ce dont vous êtes intimement convaincu, et sur cela seul, que vous serez convaincant… Quand la parole n’impose pas un pouvoir hiérarchique (sous-entendu : je commande, donc j’ai raison), et qu’elle ne distille pas un savoir purement académique (sous-entendu : pauvres ignorants que vous êtes), mais qu’elle ouvre la voie à une vérité existentielle de l’être, une loi universelle, si limitée soit-elle, chacun comprend aussitôt que cette parole a touché au vrai, qu’elle a frôlé le divin !

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