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L'indice des persécutions |
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“Portes ouvertes” publie chaque année un indice mondial des cinquante pays où les persécutions contre les chrétiens sont les plus fortes et les plus violentes. Au “top ten 2008”, on relève un Etat bouddhiste, trois pays communistes et six terres d’islam :
1 - Corée du Nord Le gouvernement nord-coréen ne supporte aucune opposition et n’accorde aucune liberté de religion. Tous les habitants de Corée du Nord doivent se livrer au culte de la personnalité construit autour de Kim Jong-Il et de Kim-Il Sung, son défunt père. La population est coupée du reste du monde et dépendante du pouvoir pour tous ses besoins. La plupart des habitants perçoivent le christianisme comme une mauvaise religion dans ce pays communiste. Les chrétiens sont battus, arrêtés, torturés, tués à cause de leur foi. Mais la foi en Jésus-Christ continue à se transmettre. On estime que le nombre de chrétiens en Corée du Nord s'élève à au moins 200 000 et pourrait même atteindre 500 000. Au moins un quart d'entre eux sont emprisonnés pour leur foi dans les camps de prisonniers politiques, d'où l’on sort rarement vivant. (…)
2 - Arabie Saoudite Dans ce pays régi par la charia, l’état déplorable de la liberté de religion reste inchangé. Selon l’interprétation très stricte de la loi islamique, l’apostasie (abandon de l’islam pour une autre religion) est punissable de la peine de mort si la personne en question refuse de se repentir. Nous n’avons pas constaté de telles exécutions en 2007. Les cultes non musulmans sont interdits en public et ceux qui s’y risquent sont emprisonnés, fouettés et parfois torturés. En 2007, plusieurs chrétiens ont été arrêtés à cause de leur implication dans des activités chrétiennes.
3 - Iran L’islam est la religion officielle en Iran et toutes les lois doivent être en accord avec l’interprétation officielle de la charia. Bien que les chrétiens soient une minorité religieuse reconnue à laquelle on garantit la liberté de culte, ils nous font part de cas d’emprisonnements, de harcèlements et de discriminations à cause de leur foi. Etant donné les lois strictes concernant l’apostasie, tout musulman qui quitte l’islam pour embrasser une autre religion encourt la peine de mort.
Beaucoup d’églises sont surveillées par la police secrète. Les croyants qui sont actifs dans les églises ou dans des groupes de maison sont sous pression. Ils sont questionnés, arrêtés et parfois emprisonnés et battus. (…)
4 - Maldives Dans l’archipel des Maldives, l’Islam est la religion d’Etat et tous les citoyens doivent être musulmans. La loi de la charia qui y est observée interdit toute conversion de l’islam à une autre religion. Une personne convertie peut ainsi perdre son statut de citoyen. Toute pratique d’une religion autre que l’islam est interdite. (…)
5 - Bhoutan Le bouddhisme Mahayana est religion d’Etat dans la petite royauté himalayenne du Bhoutan. Officiellement, le christianisme n’existe pas ; selon un responsable chrétien, ils sont environ 13 000 dans le pays. Ils n’ont cependant pas le droit de prier ou d’exprimer leur foi en public. Ils peuvent se réunir pourvu qu’ils restent en famille, jamais collectivement avec d’autres familles. Leurs enfants sont acceptés dans les écoles mais ils sont discriminés dès que l’on découvre leur foi ; ils sont soumis à de constantes pressions pour qu’ils adoptent le bouddhisme et participent aux rassemblements rituels. Il leur est quasiment impossible d’avoir accès aux études universitaires. Ceux qui ont des postes administratifs se voient également discriminés, certains ayant perdu leur poste pour la seule raison de foi. (…)
6 - Yémen
La Constitution yéménite garantit la liberté de religion, tout en déclarant que l’islam est la religion d’Etat et que la charia est la base de toute législation. Le gouvernement yéménite autorise quelques libertés aux étrangers chrétiens, mais les citoyens du Yémen ne sont pas autorisés à se convertir au christianisme (ou à toute autre religion). Les chrétiens issus de l’islam sont condamnés à la peine de mort si leur conversion est découverte. Parler de l’Evangile aux musulmans est strictement interdit. Au cours de l’année passée, plusieurs chrétiens ont été arrêtés et battus à cause de leur foi.
7 - Afghanistan L’Afghanistan est une République islamique où il n’existe aucun bâtiment d’église. (…) La liberté de religion inscrite dans la Constitution représente une contradiction, puisque la loi islamique est considérée comme étant la loi du pays. Bien que garantissant la liberté de religion aux non musulmans, les lois “contraires aux croyances de la religion sacrée de l’islam” sont interdites. Les chrétiens doivent être très prudents. Les étrangers surpris en train d’évangéliser sont emprisonnés et expulsés du pays.
Les Afghans qui s’engagent à devenir chrétiens sont souvent sous la pression de la famille et de la société. Les chrétiens issus de l’islam sont l’objet d’intimidation et d’abus verbaux répétés, de coups, de licenciement, d’emprisonnement et quelquefois d’assassinat lorsqu’on découvre leur conversion. (…)
8 - Laos Le Laos est un Etat communiste qui compte environ 100 000 protestants et 45 000 catholiques. (…) Les autorités laotiennes ne tolèrent qu’une présence chrétienne limitée et placent les responsables chrétiens sous stricte surveillance. Le régime limite le nombre d’églises en activité et en ferme d’autres, surtout dans les campagnes.
L’Eglise au Laos subit une forte pression de la société, une surveillance de l’Etat à tous les niveaux.
Néanmoins il existe une église souterraine, qui semble être en croissance malgré la persécution. (…)
9 - Ouzbékistan Le gouvernement a fait passer des lois qui interdisent ou restreignent sévèrement les activités telles que le prosélytisme, l’importation et la distribution de littérature religieuse et l’instruction religieuse privée. La loi interdit de posséder plus d'un exemplaire d'un livre chrétien, y compris la Bible.
Pour pouvoir continuer d'exister, les églises doivent réussir à s'enregistrer, ce qui est très difficile. Comme il y a très peu d'églises enregistrées, beaucoup de chrétiens sont obligés de se rencontrer secrètement dans les maisons, avec la menace constante d'être arrêtés pour activités religieuses illégales. Les raids de police sont fréquents, et conduisent souvent les chrétiens à être arrêtés, frappés, parfois même torturés. Leurs livres et tout autre matériel chrétien sont alors détruits.
Les croyants ouzbeks subissent une pression particulière les poussant à se convertir à l'islam. (…)
10 - Chine La Chine est un pays de contradiction. Dans certaines régions, des chrétiens sont harcelés et emprisonnés en raison de leur foi. Dans d’autres, ils jouissent d’une plus grande liberté. Mais d’une manière générale, il reste difficile pour beaucoup de chrétiens de pratiquer librement sa foi.
En 2007, à l’approche des Jeux Olympiques, des descentes de police ont eu lieu dans les communautés chrétiennes non enregistrées (ou églises de maison) pour s’assurer qu’aucune source d’agitation ne viendra troubler l’événement sportif. Ces descentes ont eu lieu avec des méthodes très diverses, allant de la simple visite à l’arrestation des personnes rassemblées. Dans certains cas, la violence physique a été utilisée contre des chrétiens.
Un nombre sans précédent de missionnaires étrangers ont été expulsés en 2007 dans le cadre de l’opération Typhon n°5 pour combattre les “infiltrations étrangères” des activités missionnaires avant les JO.
Pour en savoir plus, et lire les notices complètes consacrées aux cinquante pays : www.portesouvertes.fr
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Le témoignage du Père Manuel Musallam |
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Le Père Manuel Musallam est curé de la paroisse catholique de la Sainte Famille à Gaza. Il témoigne ici, dans les premiers jours des bombardements israéliens, de la réalité vécue par les populations civiles chrétiennes et musulmanes de sa ville.
La grâce de notre Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu le Père et la communion de l’Esprit Saint soit avec vous tous.
De la vallée des larmes, depuis Gaza, trempée de sang, où un million et demi de personnes se sont vues priver de la joie qu’elles avaient naguère dans leurs cœurs, je vous envoie ces mots de foi et d’espoir. Le mot “amour” est une parole que, pas même nous chrétiens, n’osons prononcer, pas même pour nous-mêmes. Aujourd’hui, les prêtres de l’Eglise hissent le drapeau de l’espoir. Puisse Dieu avoir miséricorde et pitié de nous et conserver un reste à Gaza. Puisse-t-il ne pas éteindre la lumière du Christ qui a été allumée par le diacre Philippe au temps del’Eglise primitive. Puisse la compassion du Christ être ce qui réveille notre amour pour Dieu qui se trouve pour l’instant comme un patient dans l’unité de soins intensifs d’un hôpital.
La première victime chrétienne est morte de peur et de froid
En tant que prêtre et que père, je vous porte l’effroyable nouvelle de la mort d’une fille bien-aimée qui fréquentait la classe de dixième à l’Ecole de la Sainte Famille et qui est la première victime chrétienne de cette guerre : Christine Wadi’ Al-Turk.
Christine est morte dans la matinée du samedi 2 janvier 2009 de peur et de froid. Les fenêtres de sa maison étaient ouvertes pour protéger les enfants des éventuels éclats de verres pouvant voler et lorsque les missiles passaient au-dessus de sa maison et que ses voisins sont tombés, victimes des attaques israéliennes, son corps entier tremblait de peur. Lorsqu’elle n’a plus pu le supporter, elle a pleuré sur l’épaule de son Créateur et Lui a demandé une maison et un abri sans cris, sans pleurs ou hurlements mais rempli de joie et de bonheur.
Mes frères et sœurs dans le Christ Jésus, ce que vous voyez et entendez sur vos écrans de télévision n’est pas la complète et pénible vérité de ce qui arrive à nos populations à Gaza. Leurs souffrances sont si grandes de par le pays qu’aucune télévision et aucune radio ne peut rendre compte de leur complète réalité. Le siège brutal de Gaza est une tempête qui s’accroît d’heure en heure ; il ne s’agit pas seulement d’un crime de guerre mais d’un crime contre l’humanité. Aujourd’hui, la population souffrante de Gaza lance un appel à la conscience de tout être humain de bonne volonté mais le cas sera bientôt décidé par notre Dieu juste.
Les enfants de Gaza dorment avec leurs familles dans les entrées de leurs maisons (s’ils en ont une) ou dans les toilettes, afin de se protéger. Ils tremblent de peur à chaque bruit, à chaque mouvement et à chaque violente attaque des F-16. S’il est vrai que, pour l’heure, les F-16 ont visé la plupart du temps les quartiers généraux du gouvernement et de Hamas, ceux-ci se trouvent dans une zone résidentielle à six mètres d’habitations communes, la distance minimale requise par la loi en matière de construction. C’est pourquoi les résidences de la population commune sont affectées de manière importante par la violence et que cela conduit à la mort de nombreux enfants. Nos enfants souffrent de traumatismes, d’anxiété, de sous-alimentation, de malnutrition, de pauvreté et du manque de chauffage.
Dans les hôpitaux : une situation indescriptible
La situation dans les hôpitaux est déplorable à un point indescriptible. Nos hôpitaux n’étaient pas équipés de manière correcte avant la guerre et désormais ils sont remplis de centaines de blessés et de malades, au point que les opérations sont réalisées dans les halls des hôpitaux et que de nombreux patients sont envoyés en Egypte par le poste frontière de Rafah. Certains d’entre eux ne reviennent pas parce qu’ils décèdent en chemin. Les conditions dans les hôpitaux sont horribles, déchirantes et conduisent à l’hystérie.
Je voudrais vous raconter une petite histoire à propos de quelque chose qui est arrivé dans un hôpital à la famille Abdul-Latif. L’un de ses enfants disparut au cours de la première attaque et ses parents passèrent les deux premiers jours de la guerre à le chercher mais ils ne le trouvèrent pas. Le troisième jour, alors la famille se trouvait à pied aux alentours d’un hôpital, elle rencontra quelques personnes de la famille Jarada rassemblées autour d’un jeune garçon défiguré et blessé qui avait été amputé d’une jambe. Son visage était déformé non pas du fait des attaques de F-16 qu’il avait enduré mais parce que des morceaux de verre étaient tombés sur lui lorsqu’une partie de l’hôpital avait été attaqué. La famille Abdul-Latif s’approcha des Jarada pour les consoler. Quand elle atteignit le jeune blessé, M. Abdul-Latif réalisa qu’il s’agissait de son fils et non pas de celui de la famille Jarada. Les familles discutèrent l’une l’autre à propos de la question et attendirent que le garçon se réveille et leur dise qui il était afin qu’il puisse être pris en charge par la famille Abdul-Latif.
Traités comme des animaux
Je ferai en sorte que ma lettre reste brève. J’élève nos souffrances vers Dieu comme je vous les ai présentées. Nos populations à Gaza sont traitées comme des animaux dans un zoo ; elles n’ont pas assez à manger et elles pleurent mais personne ne sèche leurs larmes. Au lieu de l’eau, de l’électricité et de la nourriture, elles n’ont que la peur, la terreur et les restrictions.
Hier, le boulanger a refusé de me donner du pain parce qu’il ne voulait pas me laisser manger quelque chose qui a été fait avec de la farine ne convenant pas à la consommation humaine –qu’il a commencé à utiliser quand est venue à manquer la bonne farine – afin de ne pas insulter mon sacerdoce. J’ai fait le vœu de ne pas manger de pain pour le reste de la guerre.
Nous désirons que vous priiez Dieu avec ferveur et de manière continue et que vous mentionniez les souffrances de Gaza devant Dieu lors de chaque Messe ou à l’occasion de chaque service. (…)
Vos prières unies aux nôtres agiteront le monde, lui montrant que tout type d’amour qui ne comprend pas nos frères et sœurs de Gaza n’est pas l’amour du Christ et de Son Eglise qui ne laisse par des obstacles religieux et sociaux ni même des guerres se dresser sur son chemin.
Nous sommes un seul peuple, le peuple de Palestine
Quand votre amour se sera étendu à nous tous, ici, à Gaza, cela nous permettra de nous rendre compte que nous sommes une part indispensable de l’unique Eglise universelle du Christ. Les Musulmans parmi nous sont nos frères et nos sœurs. Nous partageons avec eux leurs joies et leurs souffrances. Nous sommes un seul peuple, le peuple de Palestine. Malgré tout ce qui se passe, nos populations de Gaza rejettent la guerre comme moyen pour parvenir à la paix et insistent sur le fait que le chemin de la paix est la paix elle-même. Nous, à Gaza, nous sommes patients et nous avons décidé que nous n’avons pas d’autre choix que l’esclavage ou la mort pour notre pays. Nous voulons vivre afin de pouvoir louer Dieu en Palestine et de témoigner le Christ – nous voulons vivre pour la Palestine et non mourir pour elle – mais si nous devons mourir, alors nous mourrons de manière honorable et courageuse.
Prions tous ensemble pour la vraie paix que seul le Christ donne. Puissent les loups et les agneaux un jour vivre ensemble et les taureaux et les louveteaux brouter ensemble et les enfants être capables de mettre leurs mains dans la gueule des serpents sans en être blessés. Et que la paix du Christ « dans lequel vous êtes appelés à être un seul corps » soit avec vous et vous protège. Amen. Votre frère,
Père Manuel Musallam, Prêtre de la Sainte Famille, Gaza
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Le sort des Coptes |
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A l'exception de l'Arabie Saoudite, les pays musulmans n'interdisent pas officiellement la pratique chrétienne: ce serait contrevenir à la Déclaration universelle des droits de l’Homme qu’ils font mine de respecter. Voici cependant le sort réservé aux douze millions de chrétiens coptes d’Egypte, d’après un des leurs, réfugié au Québec :
- Interdiction de bâtir et de réparer les églises, même quand elles subissent les assauts destructeurs des chemises brunes islamistes ;
- Propagande haineuse contre les chrétiens dans les médias islamistes, discours haineux dans les mosquées, littérature haineuse disponible même dans les écoles ;
- “Normalisation” des programmes scolaires en histoire pour occulter l’apport et la place du christianisme dans la civilisation égyptienne;
- Enseignement de la langue arabe exclusivement réservé aux enseignants musulmans dont la majorité est ouvertement intégriste : l’déologie islamiste est ainsi diffusée dès le primaire et les jeunes écoliers chrétiens sont tenus de la recevoir aussi;
- Rapt, viol, mariage et conversion forcés de jeunes filles chrétiennes au vu et au su de la police et interdiction à leurs parents de les visiter ;
- Attaques de villages chrétiens par des bandes armées que la police laisse agir quand elle ne les aide pas activement ;
- Manifestations antichrétiennes bruyantes où l’on exhibe comme des trophées les nouvelles recrues fraîchement converties à l’islam ;
- Meurtre de prêtres, de religieuses et de ceux qui se convertissent au christianisme.
Pour en savoir plus.
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Chine : la grande inconnue |
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Nous l’appelons “Eglise du Silence en Chine”. Elle préfère se désigner elle-même comme l’Eglise “du dessous” : sept à dix millions de fidèles toujours persécutés, selon les estimations. Personne n’a pu vérifier ce chiffre, ni décrire sa véritable organisation clandestine, car personne n’a le droit de la rencontrer. Depuis plus d’un demi-siècle, pour les évêques, les prêtres et les laïcs chinois fidèles à Rome, l’accueil d’un visiteur ou d’un journaliste étranger se conclut neuf fois sur dix par un retour à la case Goulag, généralement précédé d’une séance de bastonnade dans les caves des polices parallèles du Parti ! La République Populaire de Chine et la Fédération de Russie constituent les seules grandes destinations de voyage apostolique auxquelles Jean-Paul II avait dû renoncer. Il est certain (puisqu’il l’a dit) que son successeur Benoît XVI considère ces deux dossiers de rapprochement comme prioritaires dans les ambitions mondiales de son pontificat, et désormais possible qu’il réussisse à les faire avancer.Pour le rétablissement des relations diplomatiques avec la Chine, la phase secrète du processus semble déjà engagée. Les communistes tiennent même énormément à se montrer bons joueurs dans l’opération : « Pékin est sincère dans son désir de normaliser ses relations avec le Vatican », déclarait le 1er juin dernier le ministère des Affaires étrangères chinois. A Chinois, Chinois et demi…
La Chine est un des rares pays communistes, comme la Corée du Nord, a
n’avoir dépêché aucun représentant aux funérailles de Jean-Paul II. Un
des rares pays aussi où les catholiques n’ont pu exprimer leur émotion
après la mort du pape, censurée par la presse et la télévision, bloquée
même sur les portails Internet par la censure omniprésente du
gouvernement.De son côté, le Vatican a publié plusieurs communiqués, depuis le début
du printemps, pour dénoncer les dernières arrestations arbitraires de
prêtres et d’évêques de l’Eglise clandestine, et rappeler des «
disparitions » inexpliquées qui remontent à plus de quatre ans, comme
celle de Mgr Shi Enxiang, Ordinaire de Yixian dans la province de
Hebei, sans doute mort de faim en prison comme tant de ses frères dans
l’épiscopat.
Tout se passe comme si chacun prenait ses marques, avant le long
marathon du rapprochement entre Pékin et le Vatican, annoncé par les
meilleurs spécialistes comme un des grands challenges du nouveau
pontificat.
Pékin y met depuis toujours deux conditions préalables, réaffirmées urbi et orbi depuis la mort de Jean-Paul II : la rupture des liens diplomatiques du Vatican avec Taïwan, qui ne pose pas de problème insoluble au Saint-Siège vis-à-vis de l’Eglise locale, mais aussi un engagement de non ingérence dans les affaires intérieures du catholicisme chinois,
qui reviendrait à renoncer sur ce continent à la colonne vertébrale
bimillénaire de notre religion : la primauté du Siège Romain.
Sous cette impasse apparente, les évêques de « l’Eglise Patriotique de
Chine » eux-mêmes – seuls à pouvoir voyager – sont en train de faire
évoluer la situation. Conscients que le Parti Unique dans leur pays a
moins d’avenir que le catholicisme romain, et de leur manque de
crédibilité aux yeux des fidèles, beaucoup d’entre eux demandent
secrètement la bénédiction et la reconnaissance du Saint-Siège, qui
leur sont tout aussi discrètement accordées… A terme, le pot de fer du
communisme chinois pourrait bien se heurter à un obstacle humain qu’il
n’avait pas prévu : de quel poids en effet pourrait peser dans la
négociation l’indépendance hiérarchique d’une Eglise « Patriotique »
servie par une majorité d’évêques et de prêtres revenus dans la
communion du Siège Romain ?
Et pourtant, on revient de loin !
Octobre 1949. – Mao Tse Toung proclame la République Populaire de
Chine. Fidèle au dogme léniniste, il décide d’éliminer toute religion
du pays. Les congrégations de missionnaires sont expulsées manu militari.
Les miliciens exécutent pour l’exemple, avec des raffinements inouïs de
cruauté, des milliers de prêtres et de catholiques chinois influents.
Les tortures infligées aux martyrs qui n’ont pas la « chance » d’être
enterrés vivants dans le sable fin sont conçues pour prolonger leur
agonie dix jours de suite, sur la place du village, face aux fidèles
réunis…
Mais le continent est immense, Mao a d’autres guerres d’extermination à
conduire, et les minorités catholiques bénéficient alors en Chine d’une
excellente image dans la population : les meilleures écoles du pays,
les bons dispensaires de soins et presque toutes les œuvres caritatives
héritées du long travail des missionnaires sont tenus par les chrétiens
; leur dévouement donne l’exemple d’une plus haute idée de l’homme,
dans ce mélange de fatalisme collectif et d’activisme individuel si
caractéristique des Chinois… Il fallait imaginer d’autres voies que le
martyre pour éradiquer la foi des croyants, et l’admiration de leur
entourage.
« Le poisson pourrit par la tête. »
Proverbe chinois. On va donc tout mettre en œuvre pour affaiblir,
diviser et « pourrir » le clergé. De l’intérieur. Avec le sourire. En y
introduisant les sous-marins du Parti. « Le plan d’action était toujours le même, écrit Giancarlo Politi. Les
commissaires du Parti se montraient au début “amis” respectueux de
l’Eglise et réclamaient son aide en faveur des masses populaires. Ils
installaient d’abord de petits groupes de leurs adeptes dans certains
locaux de la mission ou de l’école. Quelques jours plus tard,
l’institution catholique se trouvait de fait totalement expropriée de
ses locaux et privée de moyens. » (EDA, Mondo et Missione, décembre 1995.)
Les méthodes plus expéditives ne sont pas négligées. C’est ainsi que le
8 septembre 1955, Mgr Ignace Gong, évêque de Changai, est raflé avec
soixante-dix prêtres et les centaines de fidèles présents aux offices
ce jour-là. Beaucoup d’entre eux trouveront la mort dans les camps de
rééducation. Mgr Gong, nommé cardinal in pectore en
1979, n’en ressortira qu’en 1985. Il avait fini de payer la note de sa
fidélité à Rome, au tarif “moyen” de trente année de détention !
Un témoignage plus récent atteste que la persécution anticatholique des
autorités chinoises ne manque pas non plus d’imagination. Mgr Chen
Shizong, recteur du grand séminaire de Chengdu (province du Sichuan) se
plaint en effet à cette époque de voir ses candidats au sacerdoce
maigrir à vue d’œil et s’endormir en plein cours de théologie : les
politiques locaux avaient tout simplement imposé un cuisinier et des
rations « à eux » dans l’établissement… C’est raffiné. C’est chinois. Un nouveau défi pour l’Eglise « du dessous »Les persécutions massives auront duré trente ans, de 1949 à 1978, avant de se concentrer plus sélectivement sur les catholiques de l’Eglise « du dessous ». Au début des années quatre-vingt, Deng Xiaping prépare l’ouverture du pays à l’économie de marché, et cherche à donner une meilleure image de la Chine en relâchant des prisonniers… Des évêques et des prêtres faméliques, en loques, qui ont passé plus des trois quarts de leur vie adulte en prison, vont chercher refuge dans les villages les plus reculés du continent pour renouer le lien avec les baptisés.C’est sous l’autorité de ces admirables vieillards que naîtra l’organisation clandestine de l’Eglise « du dessous » : des séminaires contraints de se cacher et de se déplacer tout le temps ; des ordinations secrètes ; des sacrements portés en cachette, comme sous Néron ; la messe célébrée de nuit, dans des granges, avec des veilleurs aux quatre coins du village pour prévenir les fidèles de l’approche des Miliciens… Oui, en Chine, l’assistance au saint sacrifice de la messe dans une église non contrôlée par le gouvernement peut coûter un passage à tabac, la perte de son emploi, voire l’expédition pure et simple dans un camp de travail, avec un numéro matricule imprimé sur la poitrine et dans le dos ! On croit souvent que tout aurait changé en Chine depuis la chute du Mur de Berlin et l’ouverture à l’économie mondiale. C’est mal connaître les dirigeants du Parti Communiste, qui ont repoussé sans vergogne à l’année 2050 (après leur mort) le rétablissement des libertés religieuses sur le continent. Ce qui est sûr, c’est que le Parti n’est plus seul désormais à éprouver la force de résistance spirituelle des catholiques chinois. L’évêque de Shanghai, Mgr Jin Luxian, avait donné à ce sujet un message prophétique lors d’une conférence organisée à Manille en 1993 : « J’étais sans crainte, voici quarante ans, de voir nos catholiques confrontés à la persécution. Beaucoup étaient prêts à tout sacrifier pour garder la foi. Mais face au défi de la modernisation, du matérialisme pur et simple, de l’idolâtrie de l’argent, j’ai peur. » La peur en plus, c’est le message que Jean-Paul II et Soljénitsyne auront laissé à l’Occident. Benoît XVI est dans cette ligne, et les Chinois le savent bien. Le nom-même qu’il a choisi comme pape leur paraît pourtant de bonne augure pour la suite des opérations : aux lendemains de la première guerre mondiale, Benoît XV avait favorisé la promotion d’un clergé autochtone au Chine. D’autochtone à autocéphale et schismatique, il y avait un grand écart que même une dictature communiste impitoyable n’aura pas réussi à concrétiser. Les Chinois ont du bon sens. Ils préfèreront s’accommoder d’une religion reconnue (quitte à la torturer encore un peu) à la survie d’une mascarade qui risque à terme de les ridiculiser. Ne pas perdre la face. C’est la hantise des Chinois. Benedictus
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