Souvenir de Joseph Ratzinger Version imprimable Suggérer par mail

Lorsque j’ai réalisé le portrait de Jean-Paul II pour des chaînes de télévisions, au printemps de l’année 1985, le Cardinal Joseph Ratzinger avait promis son aide et celle de ses collaborateurs sur les contenus éditoriaux de l’œuvre – tandis que le pape lui-même, au mieux de sa forme intellectuelle et physique, acceptait de donner des avis bien précieux sur le scénario et les mises en scènes que Jean-François Chauvel et moi soumettions à son approbation.
A cette époque, l’Eglise subissait encore de plein fouet et beaucoup plus durement qu’aujourd’hui les conséquences des ravages doctrinaux dénoncés par le Vatican ; nous étions alors en pleine offensive des théologies de l’humanitarisme et des praxis cléricales de sécularisation. – Il faudra d’ailleurs attendre cinq à dix ans de plus pour que les meilleurs fruits spirituels du pontificat de Jean-Paul II se fassent visibles dans le discours des évêques, dans la pratique de nombreuses paroisses de France (mais pas toujours dans les textes) et dans les intentions ou les critères des théologiens.
J’ai donc rencontré plusieurs fois le cardinal Ratzinger, pour discuter avec lui des courants de l’Eglise, sur mes propres terrains de chasse en France et en Amérique latine. L’homme était aussi soucieux d’exactitude doctrinale que de bonne communication. Le préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi avait clairement apprécié les travaux de reportage et de réflexion que je menais à l’époque sur le nouvel arianisme des “penseurs” de l’Eglise de France et la “théologie de la libération”. Il a même demandé devant moi à ses collaborateurs d’encourager leur traduction.
Le chef de file de la contre-offensive doctrinale du Vatican ne se sentait pas du tout incommodé – contrairement à bien des patrons de presse et éditeurs chrétiens d’aujourd’hui – qu’on puisse citer des religieux et des évêques parmi les artisans de “l’auto-démolition”. (Un mot de Paul VI, déjà !)
Je ne tire moi-même – bien sûr – aucune gloire excessive d’avoir fait alors mon devoir d’intellectuel catholique, en apportant une contribution expérimentale et clairement “critique” au débat. Cette précision n’est donnée ici qu’à titre d’encouragement aux vocations laïques de journalistes et d’écrivains : non, ce n’est pas un péché de cultiver l’esprit critique dans la défense de la foi... Ce n’est pas un péché, pour un intellectuel catholique de se poser des questions, d’interroger le sens, d’ouvrir les yeux et les oreilles sur ce qui se passe dans les paroisses du monde et d’en sortir avec des avis “politiquement incorrects”, même aux yeux du clergé. Le nouveau successeur de Pierre nous le confirmait avant même d’être élu : l’Eglise a besoin de toutes nos lumières, elle a besoin de toutes nos intelligences, elle a besoin de tous ses enfants.
Hugues Kéraly

 

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