Penser, dans sa tête, à ce qui dépend de soi Version imprimable Suggérer par mail

Joseph de Maistre, grand penseur politique chassé de France par la Terreur, préconisait aux opposants de son époque que leur “contre-révolution” ne fût point “une révolution contraire, mais le contraire de la Révolution”. La révolution du XXIe siècle étant essentiellement “neuro-médiatique”, je crois utile d’en tirer ce court enseignement :

L’homme raisonnable, qui est l’homme éternel, s’estimait lui-même quand il pouvait se dire – quelle que fût sa philosophie ou sa religion – en accord avec ce que lui dictait sa conscience : la conscience de ses droits et de ses devoirs, conformes à sa nature, éclairés par la connaissance de son état… En s’installant dans la sur-consommation quotidienne de messages “informants”, nécessairement régulatrice et normative, qui le fera connaître, aimer, détester et vouloir en fonction des seuls critères de la classe informante, l’homme moderne, lui, renonce chaque jour davantage au devoir de se diriger. Il mobilise en somme le plus clair de son temps disponible à penser, dans la tête des autres, à ce qui ne dépend pas de lui. Il consent d’avance à se trouver d’accord, quel que soit le sujet, avec la bonne conscience que les médias du siècle lui tiennent chaudement préparée.

La plus sûre maxime de résistance intellectuelle et morale à cette médiocratie (ou médiacratie) informante pourrait bien être simplement de penser, dans sa tête, à ce qui dépend de soi. Ne confiez ce projet, s’il est aussi le vôtre, qu’à des amis triés sur le volet. La seule tentation de regarder le monde hors médiation de presse écrite, transistor ou écran fait courir de grands risques aux mythes de la religion dominante. Pour l’instant, on ne la blâme encore qu’à titre privé, comme une manifestation d’incivisme caractérisée. Elle pourrait bien se voir traitée demain, avec l’appui de l’Etat, comme une vilaine maladie.

Hugues Kéraly

 

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