Le grand retour du politique Version imprimable Suggérer par mail


A quelque chose malheur est bon : le postulat qui a fait tant de mal – “laisser faire le marché, parce qu’il a toujours raison” – ne survivra pas à la crise mondiale que nous traversons. L’Etat est parfaitement dans son rôle de protecteur du bien commun, et dans la cohérence du principe de subsidiarité, en apportant sa propre caution aux banques qui s’engageront à renouer avec leur finalité première : le financement des entreprises et des collectivités locales, la gestion de l’épargne et du crédit aux particuliers.

Le système qui a fini par mettre la spéculation financière au-dessus de toute loi prend le contrepied exact de la conviction chrétienne selon laquelle l’économie est au service de l’homme, et non l’homme au service de l’économie. Il pulvérise les fondamentaux de la liberté d’entreprendre et du “libre marché” lui-même dont il se prétendait le plus haut degré d’achèvement. Face à cette agression de la mathématique financière contre les valeurs du travail, du spéculatif contre le productif, du “chacun pour soi” contre le développement durable et profitable à tous, l’entrepreneur, le salarié et le consommateur restent impuissants. C’est à l’Etat de les défendre, en redonnant ses lettres de noblesse à la politique, là où le libre jeu de l’action économique a été dévoyé.

Mais l’économie française ne se développe pas seulement sur un marché mondial. Plus encore que celle de ses grands voisins, elle est tributaire des investisseurs internationaux, qui détiennent désormais près de la moitié du capital des entreprises du CAC 40. “La moralisation du capitalisme financier demeure la priorité”, déclare Nicolas Sarkozy dans son discours de Toulon. C’est donc le monde entier qu’il va falloir “moraliser” ! Les acteurs financiers n’y parviendront jamais. Seul un retour en force des vertus politiques permettrait peut-être de s’en approcher.
Hugues Kéraly
 
< Précédent   Suivant >