L’arme de destruction massive Version imprimable Suggérer par mail

Les vérités morales et politiques ont longtemps relevé d’un statut “scientifique”, où les notions de bien et de mal se rattachent à l’ordre individuel et social des choses humaines, c’est-à-dire à une nature et à la connaissance de sa vérité. On n’a pas découvert en un jour – par exemple – que la monogamie était préférable au tribalisme sexuel, la liberté plus efficace que l’esclavage et la concurrence économique bien supérieure à l’appropriation collective des moyens de production. Les sociétés humaines ont mis des siècles, parfois des millénaires, pour accomplir ces progrès. Dans plusieurs régions du monde, face à l’omnipotence des sectes et des despotes locaux, elles sont même loin encore de pouvoir en profiter…

Le leïmotiv, si fortement martelé aujourd’hui par les médias, selon lequel tous les choix de vie, tous les comportements se valent constitue à cet égard pour notre civilisation occidentale une régression collective absolue. On admet qu’il y ait encore une vérité (donc une nature) dans les sciences de la matière, mais point dans le domaine des mœurs ni des convictions personnelles de chacun… Comme si morale et politique n’étaient pas également des sciences, avec un objet, des postulats, des causes, des conséquences, des champs d’observation et des domaines d’application.

Du libéralisme intellectuel et mondain de Voltaire, sublimé par les philosophles contemporaines en agnosticisme philosophique et moral absolu, les puissances qui fabriquent l’opinion ont tiré sans le dire l’arme de destruction massive de toute civilisation: le relativisme moral, servilement érigé par nos hommes politiques de gauche comme de droite en religion d’Etat. Giscard avait mis au point en 1975 le postulat de base: la loi n’encadre plus les mœurs, elle accompagne et en réalité accélère leur évolution. De la “pilule du lendemain” en classe de troisième à l’offensive Darcos contre “l’homophobie” scolaire, l’alignement de la loi sur les mœurs de l’anti-morale est devenu un principe de gouvernement.
Hugues Kéraly
 
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