| La quête du dénominateur commun |
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Bien entendu : dans une nation forte, fière de ses valeurs spécifiques et de son passé, la langue ne constitue pas le seul déterminant de “l’identité nationale”. L’héritage historique et culturel au sens large, incluant les racines religieuses d’un pays, fait partie du consensus qui soude une nation.
Etre Français, c’est hériter d’un patrimoine riche et substantiel, qui ne se limite pas aux fontières géographiques d’un territoire ni aux marqueurs administratifs des papiers d’identité : hériter d’une histoire forgée sur plus de quinze siècles, longtemps mariée à celle de la construction et du rayonnement de l’Europe chrétienne ; hériter d’une culture admirée dans le monde entier, qui façonne nos façons de penser, de travailler, d’aimer, de vivre ensemble ; hériter d’une langue où les valeurs de cette histoire commune et les spécificités de cette culture comprise comme “savoir-être” se reflètent admirablement.
On aura bien du mal cependant à mettre les Français d’accord sur la richesse de leur patrimoine historique : trop d’entre eux – incluant la majorité des enseignants – sont victimes d’une vision qui fait table rase de toutes les valeurs cultivées avant la Révolution de 1789, du baptême de Clovis au testament de Louis XVI, quand ils ne sont pas victimes des assauts de la “repentance” contre les meilleures racines et les plus beaux exploits scolaires et civilisateurs des idéaux républicains…
On aura bien du mal aussi à les mettre d’accord sur les vertus de leur patrimoine culturel, parce que la montée en force de l’analphabétisme, de l’égocentrisme et du relativisme universel (“tout se vaut”) coupe le plus grand nombre de l’accès aux véritables sources : la lecture, les arts plastiques, l’éducation au sens critique, la conviction du sens et l’inquiétude du beau…
Nous pourrions en dire autant de la langue française, naufragée depuis plusieurs décennies par l’auto-démolition programmée de l’Education Nationale et le triomphe généralisé des outils de régression linguistique (sms, courriels, blogs, forums…) Mais voici que les Français eux-mêmes viennent de donner un signal fort de consensus national en rattachant leur sentiment patriotique à ce dénominateur commun : dans un sondage réalisé par l’Ifop pour Le Parisien, 80% des personnes interrogées placent la langue en tête des éléments constitutifs de l’identité nationale, avant même la République (64%), le drapeau tricolore (63%) ou la laïcité (61%).
La langue française en effet – par sa richesse, sa rigueur, sa courtoisie – reste bien un signe de reconnaissance nationale et un dénominateur commun non polémique qu’il convient de sauvegarder (ou plutôt de restaurer) à tout prix.
Pour vivre ensemble, la courtoisie est essentielle. Pour travailler ensemble, il faut parler le même langage. Pour progresser ensemble dans le débat des idées, y compris celui de l’identité nationale, c’est encore plus évident. Qu’on soit de gauche ou de droite, anarchiste ou libéral, chrétien ou agnostique, il me semble qu’on devrait pouvoir mettre tout le monde d’accord là-dessus.
©Hugues Kéraly / Sedcontra.fr
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