| La démocratie “informante” |
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Ce n’est point parce que notre siècle serait celui du triomphe technologique qu’aucun de nous n’échappe aux influences atomisantes des principaux médias, mais parce que nous vivons, ou croyons vivre, en démocratie. Système de gouvernement qui vit lui-même de l’information, au point d’obliger la foule des honnêtes gens qui s’informaient seulement pour vivre à vivre pour s’informer. Dans les démocraties modernes en effet, le pouvoir politique reste étroitement lié à une publicité, une pression sociale permanente pour obtenir ou simuler l’assentiment de masses qu’aucune agora ne saurait contenir. On le voit clairement à l’occasion des campagnes électorales ; mais il serait vain de séparer ici des autres domaines de l’action politique les perspectives de la campagne : le représentant “du peuple” reste toujours en situation de déclaration propagandiste et de justification publicitaire, puisqu’il ne vise qu’à s’assurer ou reconquérir des votants… Or, sorti des questions de petits sous, le peuple sait très peu de lui-même en matière politique ce qui fera son bonheur et protégera ses biens. La classe politique, et la classe informante sans laquelle celle-ci n’existerait pas, se placent donc dans la dépendance au moins théorique d’une opinion qu’elles se trouvent par ailleurs sans cesse obligées d’entretenir ou de fabriquer. Et c’est le corps social entier qu’elles dressent ainsi à vivre dans une soumission croissante aux messages “informants”, seuls facteurs efficaces d’unité dans l’opinion des gens. Il va de soi que la classe au pouvoir dans l’information ne se contente pas de révéler à elle-même l’opinion de la majorité. Sa tâche au contraire est de l’assujettir pour la faire progressivement “évoluer” en direction d’un modèle social déterminé. Une des meilleures techniques mises au point dans ce but par la radio et la télévision consiste à orienter la discussion des sujets, de manière indirecte mais systématique, par le choix des personnes invitées. Ainsi le principe des tables rondes et des débats, d’apparence démocratique, “objective”, se trouve-t-il efficacement vicié dans la plupart de ses applications à des fins de propagande idéologique. Nous pourrions multiplier ici les études de cas. Chaque fois qu’il s’agit de préparer le terrain à une “évolution” politique ou morale importante, plutôt que de heurter de front les sentiments du pays réel en ouvrant le pour et le contre à la discussion, les médias s’arrangent pour imposer l’illusion que la question fondamentale se trouve déjà résolue : qu’entre spécialistes et autorités compétentes, le principe même du changement étant acquis, “irréversible”, on ne s’inquiète plus que des moyens législatifs et techniques de son application... L’efficacité de ce système de mensonge par omission et sélection des voix repose sur l’isolement individuel des millions “d’informés”, qui imaginent avoir l’état de la question en suivant les “grands débats nationaux”. Hugues Kéraly |
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