Cesser de vouloir l’impossible en Afghanistan Version imprimable Suggérer par mail

P
ourquoi en refuser l’évidence : 99% de la population rurale d’Afghanistan accepte ou protège le retour en force des Talibans. Le combat “pour la démocratie et la liberté” dans ce pays n’est donc pas l’affaire de la France, si les Afghans eux-mêmes n’en veulent pas.
Le seul objectif légitime, pour les forces armées et les services secrets occidentaux, reste de détruire les bases arrières du terrorisme international à travers tout le Proche et le Moyen-Orient. Les frappes aériennes et les patrouilles blindées, loin de pouvoir les atteindre, servent leur propagande et leur attirent de nouveaux militants. Il faut cesser enfin de vouloir l’impossible et traiter avec les adversaires d’Al-Quaeda dans le monde arabo-musulman, dont la grande majorité des Talibans font partie.
Le Maréchal Lyautey, seule personnalité occidentale à avoir réussi (en 30 ans) la pacification durable d’un pays musulman, expliquait ainsi les raisons de son succès:
“Au fond, si j'ai réussi au Maroc, dans la tâche que le gouvernement de la République m'avait confiée là-bas, c'est pour les raisons mêmes qui me rendaient inutilisable en France [...] J'ai réussi au Maroc parce que je suis monarchiste et que je m'y suis trouvé en pays monarchique [...] J'étais religieux, et le Maroc est un pays religieux [...] Je crois qu'il n'y a pas de vie nationale possible et prospère, et naturelle, qui ne fasse sa place au sentiment religieux, aux disciplines religieuses [...] Je crois à la bienfaisance, à la nécessité d'une vie sociale hiérarchisée. Je suis pour l'aristocratie, pour le gouvernement des meilleurs.” (Cité par Raymond Postal, Présence de Lyautey, Éditions Alsatia.)
La politique actuelle de lutte contre le terrorisme en Afghanistan fait exactement le contraire : elle invoque des principes égalitaires qui n’ont aucun sens pour les populations locales. Elle ignore les hiérarchies, les alliances, les autorités ancestrales de l’organisation tribale qui caractérise encore ce pays. Dans les unités de la nouvelle armée afghane, elle anesthésie d’avance le courage militaire en mélangeant les ethnies. Le Président Sarkozy a affirmé un jour qu’il fallait tout faire “pour éviter que l’Afghanistan ne retourne au Moyen-Age”. Ce serait pourtant déjà un énorme progrès.
Si nous voulons que le sacrifice des soldats français sur ce sol prennent aussi un sens pour la paix en Afghanistan, il faut cesser d’urgence de suivre le l’anti-modèle américain. Il faut trouver chez nous un Lyautey pour conquérir les cœurs qui peuvent l’être, et entrer en alliances résolument féodales avec les véritables héritiers spirituels du commandant Massoud parmi les chefs de guerre afghans. 
H.K.
 

Commentaires  

 
#3 Arlem 09-11-2010 02:08
Justement, ce qui me gène c'est votre expression "l?organisation tribale qui caractérise ENCORE ce pays" et "tout faire ?pour éviter que l?Afghanistan ne retourne au Moyen-Age? (selon Sarko).

Selon moi, nous n'avons pas vraiment de leçon de morale à donner à ce pays : Sarko et ses copains bling-bling, les grands carnassiers de la finance, les francs-macs, les types de la grande distrib, en voilà, de belles organisations claniques, ou tribale.

Et puis, parlons-en, du moyen-age : en quelle époque avons nous vu un pays soi-disant développé, soi-disant démocratique, soi-disant allant porter les plus hautes valeurs de la civilisation aux "arriérés", mentir à la face du monde, et commettre une invasion meurtrière, dans l'indifférence généralisée, si ce n'est de la Russie et de la France ? La seule supériorité du XXI° siècle sur le moyen âge reste peut-être de pouvoir prendre une douche tous les jours, pour seulement un quart de l'humanité : c'est assez mince.
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#2 F. de Langalerie 08-11-2010 22:09
Renoncer aux grands anciens serait suicidaire mais alors, allons-y carrément : c'est le Christ qui doit nous donner les bases de notre conduite politique !
Lyautey a eu l'intelligence de déployer sur le Maroc une structure d'inspiration catholique, monarchique et responsabilisant chacun par le souci de l'autre. C'est le fondement, hélas bien détourné, de notre vie sociale en pays chrétien. Il a eu le tort (avec quelle balance peut-on le peser ?) de faire appel à l'Islam pour assurer l'esprit religieux nécessaire car un musulman génèrera un jour ou l'autre un djihadiste forcené, anticatholique par esence et donc victime et jouet du Prince de ce Monde. Son exemple conforte, hélas encore, nos bobos, tiarés ou pas, dans leur bégaiement en faveur de ce fameux islam plein de paix et de tolérance qui englue les cerveaux à l'heure actuelle. Cf. "Des dieux et des hommes", le film d'autant plus ambigu qu'il est superbe !
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#1 Raymond Vidal 08-11-2010 14:46
Désolant,
encore l'appel aux grands anciens..... Lyautey a résolu un problème précis dans un cadre temps-espace défini. L'Afghanistan d'aujourd'hui n'est pas le Maroc de naguère. Et surtout la mission n'est pas la même.
Deux objectifs: le vrai,casser du taleb pour ne pas lui laisser installer ses bases logistiques et d'entraînement,l'autre objectif,l'obligé, montrer à l'opinion internationale que nous ne sommes pas des néo-colonialistes (ah...Lyautey!) par un peu de poudre aux yeux (gouvernement démocratique, aide humanitaire et cerfs-volants) tout en mettant sur pied des forces afghanes qui prendront la relève dans un pays apaisé et républicain, et tout et tout. Puisque l'Occident n'est allé là-bas que tenaillé par la courante d'en repartir le plus vite possible, quoi faire d'autre?
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