Pie XII : la “légende noire” se porte bien Version imprimable Suggérer par mail
ANNIVERSAIRE
Pie XII : la “légende noire” se porte bien

Cinquante ans après la mort de Pie XII, le 9 octobre 1958, la “légende noire” que les ennemis de l’Eglise ont fait circuler au sujet de ce pape – celle d’une indifférence glaciale à la Shoa –, cette légende est toujours en vie. Qu’on soit catholique ou non, elle constitue une grave insulte à la mémoire de l’homme et à la simple vérité, dénoncée comme telle par tous les historiens… Celui qui s’exprime ici s’appelle Alfred Denoyelle. Il est docteur en histoire, promu à la Katholieke Universiteit Leuven. Une version complète de son article peu être consultée en ligne à l’adresse suivante : http://users.skynet.be/histcult/piedouze.htm

Lorsque Adolf Hitler arrive au pouvoir en Allemagne (1933), cela faisait déjà près de cinq ans que le Saint-Siège avait condamné l'antisémitisme en termes exprès. (Décret du 28 septembre 1928)Puis, le 14 mars 1937, le pape Pie XI publie la lettre encyclique Mit brennender Sorge concernant la situation dans le Reich. Il y invite à la tolérance pour toutes les communautés ethniques, dénonce la persécution et les camps de concentration, ainsi que les intrigues visant dès le début à une guerre d'extermination.

C'est clair et net. Le rédacteur principal de ce document n'est autre que l'ancien nonce apostolique en Allemagne, le cardinal Eugenio Pacelli, futur pape Pie XII et à ce moment encore secrétaire d'État du Vatican.Les démocraties occidentales semblent ne pas s'en soucier : plus d'un an après, elles en sont toujours à faire des concessions à Hitler, ainsi qu'il ressort de la fameuse conférence de Münich (29/30 septembre 1938).

Peu après, à savoir le 9 novembre 1938, les Nazis usent de représailles pour l'assassinat d'un diplomate allemand à Paris par un Juif : ils organisent la "Nuit de Cristal" au cours de laquelle quelque 30.000 Juifs sont arrêtés, leurs synagogues, maisons ou magasins pillés et incendiés. Mais l'une des choses quasiment jamais mentionnées, c'est que le grand rabbin de Bavière était parvenu à sauver les objets précieux de la synagogue grâce à la voiture du cardinal Pacelli, mise à sa disposition pour les mettre à l'abri.


Le compliment d’Hitler

Aussi, le 24 novembre 1938, le journal des sinistres S.S., Das schwarze Korps, écrit que le cardinal Eugenio Pacelli s'est allié « à la cause de l'internationale juive et franc-maçonne » (sic). Hitler estime, quant à lui, que le Vatican est « le pire foyer de résistance » à ses plans. Qui donc, parmi les pays et les hommes politiques, pourrait se vanter d'avoir reçu un tel compliment ? En date du 10 janvier 1939, le cardinal Pacelli adresse une lettre à ses confrères des États-Unis d'Amérique et du Canada pour attirer leur attention sur le sort des savants et professeurs juifs chassés d'Allemagne et que l'administration américaine refusait jusqu'alors de recevoir dans ses universités.

Pie XI meurt le 10 février 1939 et le conclave désigne comme successeur le cardinal Eugenio Pacelli. Celui-ci accepte cette élection et prend le nom de Pie XII le 2 mars 1939. Aussitôt, il entame une intense activité diplomatique, pastorale et humanitaire. (…)

Pie XII a toutefois un autre moyen pour se faire entendre : la radio du Vatican. Mais lorsqu'à la fin de 1939, il dénonce déjà les atrocités commises en Pologne, la réaction des Nazis est d'une violence telle que les évêques de ce pays supplient le pape de ne plus s'indigner de cette façon. Bientôt, la radio du Vatican sera brouillée comme celle de Londres, en guise de représailles.
Cependant, se taire n'est pas de mise. Aussi Pie XII, tout en modérant ses propos, continue-t-il à contrecarrer Hitler et ses affidés qui organisent la « purification ethnique » (…).

Aussi, dans son message radiodiffusé de Noël 1941, Pie XII condamne « l'oppression, ouverte ou dissimulée, des particularités culturelles et linguistiques des minorités nationales » ainsi que « l'entrave et le reserrement de leurs capacités naturelles » avec « la limitation ou l'abolition de leur fécondité naturelle ».

Face à la ”solution finale”

Moins d'un mois après, soit le 20 janvier 1942, les Nazis décident de mettre en oeuvre la « solution finale »(extermination complète des Juifs).
Le thème de la paix revient dans le message radiodiffusé prononcé par Pie XII à la Noël 1942. D'abord, le pape faitobserver que « tout ce qui en temps de paix demeurait comprimé,a éclaté dès le déchaînement de la guerre en une lamentable série d'actes en opposition avec l'esprit humain et l'esprit chrétien ». Il déplore que « les conventions internationales, dont l'objet était de rendre la guerre moins inhumaine en la limitant aux combattants, de déterminer les lois de l'occupation et de la captivité des vaincus, sont, en maints endroits, restées lettres mortes ».

Ensuite il déclare que les peuples doivent faire le voeu de ne s'accorder aucun repos jusqu'à ce que tous se dévouent au service de la personne humaine. Il précise que ce voeu, « l'humanité le doit aux centaines de milliers de personnes qui, sans aucune faute de leur part, et parfois pour le seul fait de leur nationalité ou de leur race, ont été vouées à la mort ou à une extermination progressive ».

En date du 2 juin 1943, Pie XII tient un discours devant le collègedes cardinaux et y exprime sa sollicitude envers ceux qui, à cause de leur nationalité ou de leur race, sont « livrés à des mesures d'extermination » dont il voudrait fustiger toute l'ignominie par le détail et en des termes plus forts, ainsi qu'il ressort des 124 lettres écrites aux évêques allemands pendant la guerre.
Il fait cependant remarquer que « toute parole de notre part à l'autorité compétente, toute allusion publique doivent être sérieusement pesées et mesurées, dans l'intérêt même des victimes, afin de ne pas rendre leur situation plus grave et plus insupportable ».

Les évêques hollandais en avaient fait l'expérience après avoir,en juillet 1942, protesté contre la persécution des Juifs : aussitôt les Nazis organisèrent une fouille minutieuse des monastères et des couvents. Dans tout le pays, il en résulta une rafle de très nombreux Juifs cachés là.

Mais l'indignation l'emporte parfois sur la prudence malgré les résolutions prises et les conseils donnés à autrui. C'est ainsi, par exemple, que Radio Vatican déclare en date du 26 juin 1943 que « quiconque établit une distinction entre les Juifs et les autres hommes est un infidèle et se trouve en contradiction avec les commandements de Dieu. La paix dans le monde, l'ordre et la justice seront toujours compromis tant que les hommes pratiqueront des discriminations entre les membres de la famille humaine. » Le New York Times cite et acte ce message dans son tirage du jour suivant.

C'est ainsi encore que, devant les atrocités toujours plus nombreuses commises par la Gestapo et les S.S., le pape Pie XII laisse l'Osservatore Romano exprimer l'indignation universelle dans son numéro du 25 octobre 1943. Aussitôt les Allemands font saisir le journal dans les kiosques et menacent de reprendre les perquisitions dans les monastères pour y débusquer les Juifs cachés.

En outre, le commandant des S.S. de Rome ordonne au chef de la communauté israélite de fournir 50 kg d'or dans les 24 heures sous peine de déportation immédiate de 200 autres Juifs (une grande rafle ayant déjà eu lieu le 16 octobre 1943). La collecte n'ayant réuni que 35 kg d'or, le grand rabbin de Rome reçoit du pape Pie XII les 15 kg manquants.

Pie XII n'avait pas attendu ce jour-là pour agir en faveur des Juifs. Il organisait, avec l'aide du clergé de Rome et d'ailleurs, des réseaux pour faire échapper les Juifs aux griffes des Nazis. Par diverses filières, ils pouvaient ensuite gagner des pays neutres ou faisant partie de la conférence des Alliés.

Le témoignage des survivants

Le 29 novembre 1944, une délégation de 70 rescapés vient,au nom de la United Jewish Appeal (organisme dirigeant dumouvement sioniste mondial), exprimer à Pie XII la reconnaissance des Juifs pour son action en leur faveur.
Peu après la guerre, Albert Einstein, savant de renommée mondiale, mêle sa voix au concert de louanges et d'hommages qui montent vers le Vatican en déclarant que « l'Église catholique a été la seule à élever la voix contre l'assaut mené par Hitler contre la liberté ».

Le 9 février 1948, Pinchas E. Lapide, alors consul d'Israël à Milan,est reçu en audience par Pie XII. Celui-ci se voit à nouveau remercié pour ses multiples interventions en faveur des Juifs.

Le 26 mai 1955, des musiciens Juifs au nombre de 94, venus de 14 pays différents, jouent devant Pie XII la neuvième symphonie de Beethoven et ce, pour lui exprimer leur gratitude d'avoir arraché à la mort tant de Juifs pendant la guerre et pour célébrer la grandiose oeuvre humanitaire accomplie par lui.
Le 9 octobre 1958, Pie XII décède et les messages de condoléances affluent vers le Vatican. On y relève celui de Golda Meïr, ministre des affaires étrangères d'Israël, qui souligne en cette occasion que « pendant la décennie de terreur nazie, quand notre peuple a subi un martyre terrible, la voix du pape s'est élevée pour condamner les persécuteurs et pour invoquer la pitié envers leurs victimes ».

En 1963 - et alors seulement - une pièce de théâtre médiocre ayant pour titre Der Stellvertreter (le Vicaire) est publiée par un ancien membre des Jeunesses hitlériennes, Rolph Hochhuth, qui y présente Pie XII sous les traits d'un monstre d'indifférence, n'ayant pas agi ni parlé comme il aurait dû.
Le 13 décembre 1963 est publiée dans le journal français Le Monde une déclaration de Pinchas E. Lapide, ancien consul d'Israël à Milan. Celui-ci y affirme ne pas comprendre le pourquoi de cet acharnementcontre le défunt Pie XII qui « ne disposait ni de divisions blindées, ni de flotte aérienne, alors que Staline, Roosevelt et Churchill, qui en commandaient, n'ont jamais voulu s'en servir pour désorganiser le réseau ferroviaire qui menait aux chambres à gaz ». Il précise que « le pape personnellement, le Saint-Siège, les nonces et toute l'Église catholique ont sauvéde 150.000 à 400.000 Juifs d'une mort certaine ».
Le même Juif éminent fait paraître à Paris en 1967 un livre, Rome et les Juifs, où il publie le résultat d'enquêtes approfondies menées dans toute l'Europe, dans les archives de Jérusalem et auprès des Juifs survivants. Il aboutit au chiffre de 860.000 Juifs sauvés grâce au pape Pie XII. (…)

L'on peut dès lors comprendre qu'après la guerre, le grand rabbin de Rome, Israele Zolli (1881-1956), se soit converti à la religion catholique et ait, le 13 février 1945, pris le nom de baptême d'Eugenio en hommage au pape.

La “légende noire” résiste bien…

Pour certains, qui semblent distribuer des mots d'ordre aux media... mais seulement tant d'années après les événements évoqués, il faudrait fermer les yeux devant les faits et les documents historiques. Les citer est désormais un tabou. Le devoir du journaliste et de l'historien serait de répéter comme un perroquet que l'Église a fait preuve d'intolérance antisémite, que Pie XII a gardé le silence devant la persécution nazie et qu'il n'a rien fait en faveur des Juifs.

Or, il n'est pas scientifique de ramper devant des tabous, ni de remplacer l'analyse sereine de documents et de faits par des cris de psittacidé verbeux. De cette façon, on crée peut-être le carcan émotionnel d'une nouvelle historiographie révisioniste, mais on ne prouve rien, sinon sa débilité culturelle et sa pitoyable dépendance des "maîtres à penser" du moment.
L'entreprise de démolition morale de la mémoire du pape Pie XII n'est pas scientifique : elle repose sur une occultation de documents et de faits établis qu'aggravent les mensonges et la calomnie.

Ainsi, le film 'Amen' du cinéaste Constantin Costa-Gavras, qui s'inspire manifestement de la pièce de théâtre de Rolph Hochhuth et n'hésite pas à prendre des libertés avec la réalité historique. Il impute en effet à Pie XII des propos que ce dernier n'a jamais tenus, il cite des extraits de ses discours hors contexte et surtout il en omet les phrases qui sont de nature à miner la crédibilité du film. Lorsque c'est le parti-pris qui dicte un scénario, il est assez clair que celui-ci ne rend pas compte des événements de manière objective, mais relève du subjectivisme, en l'occurrence malveillant.(…)

… malgré l’effort d’objectivité des milieux juifs

Un remarquable effort d'objectivité de la part des milieux juifs se dénote à la même époque. En Israël, la pièce de Rolph Hochhuth est interdite. Les Juifs comprennent pourquoi Pie XII, tout en agissantet parlant en leur faveur pendant la seconde guerre mondiale, a dû modérer ses expressions et la fréquence deses interventions publiques.

Ainsi, une Juive fait observer dans un bulletin d'éducation que « la véritable raison du silence relatif de Pie XII n'était pas la crainte d'aller dans un camp de concentration, mais celle d'aggraver le cas de ceux qui s'y trouvaient ». (6)
Les faits qu'elle rappelle dans son article montrent que Pie XII compensait par des interventions plus discrètes l'éclat de déclarations que d'aucuns auraient sans doute voulu entendre chaque semaine ou même chaque jour à Radio Vatican, mais qui auraient été moins efficaces en raison dela mentalité spéciale des Nazis. (…)

Voici un exemple parmi tant d'autres faits significatifs que les media cachent habituellement au public :en 1942, le pape Pie XII fait savoir officiellement au maréchal Pétain par son nonce en France, Mgr Valerio Valeri, que le Saint-Siège désapprouve les mesures prises par Vichy à l'encontre des Juifs.
Certains s'imaginent-ils vraiment que Pie XII aurait été mieux compris et suivi s'il avait ponctué ce genre d'intervention en imitant à la radio les discours aux cris rauques d'Adolf Hitler ? Non, bien sûr.

Ceux qui tirent les ficelles des media ne veulent tout simplement pas faire état de ce qui est de nature à crever la baudruche qu'ils ont gonflée en haine de la religion catholique représentée par le pape Pie XII.

Leur attitude peut-elle s'expliquer autrement ? Le silence sur les faits et les documents, ce sont eux qui l'organisent. Ils ne publient jamais aucun rectificatif. Ce n'est pas la vérité historique qui les intéresse, mais le dénigrement.

Alfred Denoyelle

 
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