Dans la contradiction Sarkozy…
Lorsque Nicolas Sarkozy invoque contre la burqa “l’idée que nous nous faisons de la dignité de la femme”, tout vrai Français comprend, acquièsce et applaudit. Si notre Président reste en fin de compte peu crédible, au chapitre des moyens d'action, c’est en vertu d’une autre conviction qui dit sans le savoir exactement le contraire, dans les nombreux discours où il revient sur la question de la laïcité :
“La laïcité, c’est le respect de toutes les opinions, de toutes les croyances, de toutes les religions.”
L’opinion selon laquelle une femme doit cacher son visage, trotter avec son chargement derrière la mûle du mari, recevoir des jets d’acide sulfurique, des coups de fouet ou être lapidée en public pour un regard à l’étranger, cette opinion est partagée encore par des millions de mâles dans le monde arabo-musulman. Elle n’est pas plus “respectable” que la pratique de l’escroquerie financière, de l’esclavage ou du trafic d’enfants.
Les idées sont vraies ou fausses et les convictions bonnes ou mauvaises selon le bien qu’elles génèrent pour l’individu et la société. Aucune n’est “respectable” en dehors des fruits qu’elle porte et qui permettent d’en juger. Nous devons seulement respecter les personnes, quelles que soient leurs appartenances culturelles, leurs origines ou leurs religions… Le christianisme vise même ici plus haut que la République, en nous faisant obligation de les aimer.
Est-ce à dire que toutes les civilisations et donc les religions qui les animent ne se valent pas, au chapitre des conséquences qu’elles engendrent dans la société ? La réponse est oui. (Voir ci-joint le dossier de ce numéro.) Le postulat pseudo-philosophique soutenant que les convictions individuelles, les cultures “identitaires” et les religions du monde appartiendraient à la “sphère privée” de chacun, de sorte qu’elles méritent un égal respect, cette idée est sortie de cerveaux partisans, aveugles et sourds aux éclatantes démonstrations de l’Histoire depuis près de 2000 ans…
Les idées mènent le monde, qu’on le veuille ou non. Plus elles sont “bonnes”, élévatrices et généreuses, plus le monde est meilleur. Plus elles s’affadissent, se dépravent ou se corrompent, en laissant libre jeu au “droit du plus fort ou du plus malin” (encore un mot de Sarkozy), et plus le monde est mauvais.
Hugues Kéraly